Attention, risque de spoiler


Attention, risque de spoiler

Si vous comptez jouer les campagnes l'éveil du seigneur des runes [ESR], la malédiction du trône écarlate [MTE], le retour des ténèbres [RDT], Kingmaker [KMK] ou la couronne de charogne [CCH], je vous déconseille la lecture de ce blog. En effet, il contient principalement des comptes rendus de parties jouées dans le cadre de ces campagnes, et vous vous gâcheriez la surprise en le parcourant.

Dans l'éveil du seigneur des runes, que j'anime, je raconte les aventures d'un jeune groupe d'Eclaireurs mandatés par la cellule de Magnimar pour s'installer dans la petite ville de Pointesable et mettre à jour les secrets liés à cet endroit.

Dans la malédiction du trône écarlate, que j'anime également, je raconte les exploits d'un groupe de citoyens de Korvosa devenus les héros de la ville un peu par hasard suite aux événements qui agitèrent celle-ci après la mort du roi.

Dans le retour des ténèbres, que j'anime aussi, je raconte les péripéties de quelques aventuriers qui se sont rencontrés à Port-Enigme à l'occasion d'un tournoi de jeu de hasard.

Dans Kingmaker, que j'anime tout autant, je raconte les découvertes d'un groupe d'explorateurs envoyés par le Brévoy pour pacifier la Ceinture Verte dans le but d'y fonder une nation stable.

Dans la couronne de charogne, où je suis joueur, je raconte les aventures d'un petit groupe d'amis réunis par le décès d'un proche, le Professeur Lorrimar, sous forme d'un carnet de route tenu par Stephan Markov, mon personnage, jeune prêtre de Pharasma.

Bonne lecture !

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30 sept. 2014

Les carnets de route de Stephan Markov – extrait 25 [CCH]

Je n’ai guère eu le temps d’écrire ces derniers jours. Depuis que nous sommes arrivés à Illmarsh, en fait. Il se passe des choses étranges ici, même selon les standards ustalaviens. Dire que les villageois ont été peu accueillants serait un euphémisme. Ils n’aiment pas les étrangers, et dans notre cas, je pense qu’ils ont peur de nous.

Nos questions concernant les cavaliers que nous supposons appartenir à la Voie des Murmures n’ont reçu aucune réponse. Au contraire, elles nous ont valu des ennuis ; le shérif semble nous avoir pris en grippe. Nous gênons. Alors nous avons commencé à enquêter, à laisser trainer nos yeux et nos oreilles.

Nous avons finalement rencontré le maire, Monsieur Greedle. Je l’ai trouvé louche, lui aussi nous cache quelque chose. Mais il a tout de même laissé entendre que les choses étranges qui se tramaient en ville avaient un lien avec le clergé du temple local. Nous avions déjà remarqué que sous le couvert d’un temple à Gozreh, c’était une divinité plus ancienne qui était vénérée ici. Je prends peu à peu conscience… à quel point elle est Ancienne !

Avant de nous occuper du temple, nous avons toutefois décidé d’aller jeter un œil au manoir du fondateur de la ville. Manoir abandonné selon les habitants de la ville. J’ai entendu de sombres histoires de pacte concernant la création de ce maudit patelin… Les humains se sont liés à une race des profondeurs. J’ignore la nature exacte du pacte.

La villa. Elle est hantée. Non pas hantée ; pas de morts-vivants, ce serait trop simple. Occupée. Une présence maléfique. Je ne sais pas ce que nous avons combattu là-bas. J’ai oublié. Comme si mon esprit voulait oblitérer ces horreurs. Mais il y a une chose qui erre dans le brouillard, toujours maintenant. Autour de la maison. Elle attend qu’on sorte pour nous dévorer. Nous ne nous laisserons pas faire. Pharasma veille sur nous.

J’espère.

Ah oui, le bébé. Celui que nous avons trouvé dans la maison. De façon tout à fait surprenante, indemne. On l’avait sans doute préparé pour quelque rituel impie. Je le garde avec moi ; ils ne l’auront pas tant que je serai en vie, je saurai le protéger.

Et sous la maison, oui, il y avait un passage vers des souterrains. Nous l’avons suivi, fous que nous sommes. Pour sauver ce village maudit – mais reste-t-il quelque chose à sauver ? Nous avons rencontré les hommes-poissons. Et des femmes. Des femmes humaines et leurs bébés. Décharnées. Morts. Exsangues. Quel pacte affreux les premiers habitants d’Illmarsh ont-ils pu passer avec ces créatures ? Tout est la faute de ces foutus prêtres. Ceux du temple. Ils étaient ici, aussi. Ils sont partout…

Nous devons remonter, confronter ces maudits cultistes dans leur antre et extirper à la racine le mal qui hante la ville. Après, peut-être, j’y verrai plus clair.

Les dents du loup ne lâchent pas le loup. C’est la peau du mouton qui lâche !

4 avr. 2014

Les carnets de route de Stephan Markov – extrait 24 [CCH]


Gregori nous a rejoint à Percelande le jour même de notre arrivée. Nous avons commencé par trouver un endroit où nous installer pour le temps de notre séjour. Nous avons opté pour une pension de famille fréquentée surtout par de gens de passage. Les prix y sont un peu élevés, mais on y mange bien et l’ambiance accueillante réchauffe nos cœurs.

Nous sommes arrivés hier, et dès ce matin, nous avons commencé à chercher trace du passage des hommes de la Voie des Murmures. Nous avons également profité du marché pour faire quelques emplettes.

Au final, il semble que les hommes que nous cherchons n’aient fait que passer à Percelande. Ils ont changé de chevaux dans un relais en bordure de la ville, avant de continuer vers l’Est, sans doute en destination d’Illmarsh. N’ayant pas d’autre piste à suivre, nous avons été rendre visite au propriétaire du relais en question…

L’homme était occupé à réparer un chariot endommagé, et s’apprêtait à le soulever pour en changer les roues. Voulant entrer dans ses bonnes grâces, nous avons proposé de lui donner un coup de main, qu’il accepta volontiers. Nous nous sommes positionnés autour du chariot et l’avons soulevé. C’est alors que nous avons compris que c’était un piège… L’homme a bondi sur le côté, nous laissant supporter le poids de la structure ; il a sorti un couteau, tandis que ses comparses cachés aux alentours quittaient les ombres où ils étaient tapis. Des morts-vivants… Les hommes de la Voie de Murmures n’avaient pas seulement changé de chevaux lors de leu passage !

Il s’en suivit un combat compliqué ; nos adversaires essayaient de nous empoisonner et le chariot dans le chemin compliquait nos déplacements. J’esquivais les premiers coups et lançais sur Sacha un sort de « marche dans les airs » ; cela lui permettrait de prendre la fuite si les choses tournaient trop mal, mais surtout elle aurait tout loisir de bombarder nos adversaires de ses sorts sans risquer de riposte. Et c’est ainsi que les choses se passèrent.

Après avoir soigné tout le monde, j’allais trouver le bourgmestre pour lui expliquer ce qu’il s’était passé avant qu’il ne l’apprenne par quelqu’un d’autre. Il se montra plutôt compréhensif.

Nous n’avons plus rien à faire à Percelande ; Nous prendrons la route de l’Est dès demain matin. On nous a prévenu qu’elle s’enfonçait dans les marécages et que le trajet ne serait guère agréable…


Cela fait quelques jours que nous avons quitté Percelande. La route qui serpente entre les marais et la côte est mauvaise, mais reste praticable.

Aujourd’hui, nous avons fait connaissance avec Horace Croon. Un homme étrange. Tout autant que les circonstances dans lesquelles nous nous sommes rencontrés. Notre route, comme souvent depuis que nous avons quitté Percelande, longeait le golfe d’Avalon ; la mer était agitée. Nous avons remarqué un vieux quai, perdu contre la côte, au milieu de nul part. Curieux, nous nous sommes approchés, pour tenter de comprendre quel pouvait être son usage. Nous n’atteindrions pas Illmarsh avant demain au mieux ; je ne voyais pas quel intérêt il pouvait y avoir à avoir construit cette structure au milieu de nulle part.

Alors que nous examinions les lieux, Nous avons remarqué, au milieu des flots, une embarcation, toutes voiles dehors, qui arrivait à vive allure vers le quai. A y regarder de plus prêt, il ne semblait y avoir qu’une seule personne à bord, qui ne maitrisait visiblement pas du tout le navire… Ce n’était qu’une question de secondes avant qu’il ne vienne s’écraser sur nous.

Je m’écartais ; par des moyens magiques, Sacha et Enya rejoignaient l’homme sur le navire pour tenter de l’aider à s’en sortir vivant ; comme il refusait de quitter son navire, ils ont fait de leur mieux pour ralentir la course de son voilier, qui est venu s’échouer violemment sur la plage. Tout le monde était sonné mais indemne. Notre « marin » se nommait donc Horace Croon, et semblait surtout inquiet pour la cargaison de son bateau.

Etrange cargaison, en fait. Une sorte de crabe géant mécanique. L’appareil devait servir, si j’ai bien compris à explorer les fonds marins. Quand Horace l’avait déballé, en vue de le tester, les marins qu’il avait engagés avaient pris peur et s’étaient jetés à l’eau, le laissant seul à bord, incapable de manœuvrer. Et nous avions assisté à la suite.

L’atelier d’Horace se trouvant à Illmarsh, nous lui avons proposé de faire route ensemble. Restait à voir comment nous serions accueillis si les marins engagés de notre nouvel amis étaient rentrés au port avant nous…

27 janv. 2014

Les carnets de route de Stephan Markov – extrait 23 [CCH]

Nous avons pris le temps de nettoyer Feldgrau des quelques morts-vivants qui y trainaient encore. Je n’irais pas jusqu’à dire que la ville est entièrement saine et sans danger maintenant, mais c’est mieux qu’à notre arrivée.

Nous avons finalement trouvé le cœur du chef de meute, sur un autel, dans une des maisons de la ville. Il était défendu, mais nous n’avons eu aucun mal à nous défaire des morts vivants qui le gardaient. Gregori s’est même fendu de quelques pirouettes qu’Yvan n’auraient pas reniées, durant le combat. Mon petit frère. Je me demande ce qu’il est devenu… Bref. Gregori a pris le cœur pour le rapporter aux loups-garous.

J’ai pris le temps, avec l’assistance de Gregori et Gunther, de donner le repos à un fantôme. L’expérience, bien que traumatisante, nous a permis d’en apprendre beaucoup sur ce qui s’est passé en ville. Le fantôme était celui de l’aubergiste. Un bon commençant, qui à l’époque où la ville était le carrefour de plusieurs armées se faisant la guerre, fournissait des vivres à tous ceux qui voulaient bien payer. Il se sentait coupable d’avoir nourri l’armée responsable de massacre des habitants de la ville. Après avoir perpétré leur crime, ils ont laissé le pauvre homme en vie, en remerciement de ses bons services. Fou de chagrin et de culpabilité, il s’est pendu peu de temps après, et revit depuis chaque nuit son calvaire, ectoplasme rejouant la scène macabre de la préparation de sa mort sans répit.

En discutant avec le fantôme, nous avons appris qui était le Nécromancien vaincu la veille. Par un procédé que j’ignore, il a réussi à appeler l’âme de notre ennemi, et une scène fantomatique, une sorte de théâtre d’ombres, a commencé à se jouer sous nos yeux…

Un jeune garçon de la région, un mendiant sans famille, aux yeux si clairs qu’ils en étaient inquiétants. Réputé maudit, il fut chassé du village à coup de cailloux… Il semble qu’au cours de ses voyages il ait rencontré Adivion Adrissant, et que ce dernier l’ait pris sous son aile… Quand on voit ce que le gosse est devenu, ce n’était pas pour un mieux. Il prend de l’assurance, se forme à la nécromancie. Revient à Feldgrau à la tête d’une petite armée, rase la ville puis relève les morts à son propre compte quelques années plus tard. Avant de tomber sur nous.

Nous apprenons grâce à ce macabre spectacle, que le nécromancien a envoyé ses troupes à Percelande, une petite ville côtière au Sud d’ici. Voilà notre future destination.

Le fantôme de l’aubergiste règle ses comptes avec celui du nécromancien, et trouve enfin le repos. Nous n’avons plus rien à faire ici.
 

Nous arrivons enfin à Percelande. La petite ville n’a pas bonne réputation ; on dit même que l’ancienne église est maudite et que la foi des habitants y est vacillante, malgré la construction d’un nouveau bâtiment de culte. Notre voyage a été des plus désagréables. Les routes sont on ne peut plus boueuses. On dirait qu’il pleut encore plus dans cette région que dans le reste du pays. Je ne pensais pas que ce fut possible… Gregori devrait nous rejoindre bientôt. Nous avons faire route droit vers le Sud après avoir quitté Feldgrau, tandis qu’il retournait, au galop, vers les bois frémissants pour y honorer les promesses faites aux loups-garous.

7 janv. 2014

Les carnets de route de Stephan Markov – extrait 22 [CCH]

La suite du combat contre le nécromancien a été assez brouillonne. Cloué au sol au milieu de son propre nuage mortel par Gregori, il appelle ses invocations à la rescousse. Les squelettes et les mains animées qui étaient restées sur le toit se jettent en bas de la tour en une pluie macabre et inattendue. Mes compagnons sont affaiblis, mais tentent de faire aussi mal que possible au magicien noir tant qu’il est à terre. Hélas, il est toujours invisible… Gregori a de plus en plus de mal à maintenir sa prise sur un adversaire qu’il ne voit pas, et qui est animé d’une vigueur impie. Il finit par le lâcher.

Si on en croit la réaction de Kuz, le nécromancien est maintenant en hauteur, sans doute dispose-t-il d’un sort de vol, où s’est-il téléporté en haut de la tour ; vu l’impossibilité de déterminer sa position, mes compagnons font le gros dos face à ses attaques magiques et se concentrent sur ses acolytes ; squelettes et mains squelettiques sont renvoyées à la tombe qu’elles n’auraient pas du quitter.

Lorsqu’enfin le sort d’invisibilité prend fin, le nécromancien, flottant quelques mètres au dessus de la mêlée, se voit frappé par tous les sorts et projectiles dont disposent encore mes compagnons. Il résiste longtemps, mais finit par succomber et tombe au sol.

Si j’ai bien compris, Sacha a essayé de me donner une potion pour me remettre d’aplomb, sans succès. Il a fallu une restauration pour que j’ouvre les yeux. Satanée magie nécromantique ! Nicolaï a trouvé quelques objets intéressants sur notre ennemi, et il y en a sans doute d’autres dans la tour, mais nous allons d’abord nous reposer un peu avant d’y entrer. Il s’y trouve peut-être quelque piège, et nous ne sommes pas en état d’y faire face.

Sacha et moi nous sommes disputés. Je l’ai vue prélever du sang sur le corps de notre ennemi, et ramasser son grimoire. Je ne veux pas qu’elle utilise de magie nécromantique. En tous cas pas n’importe laquelle. Je n’aurais pas dû m’emporter, mais j’étais secoué par le combat que nous venions de vivre. Je m’inquiète pour elle, aussi.


Après avoir pris une nuit de repos un peu à l’écart de la ville, nous avons exploré la tour où se cachaient le Nécromancien et ses sbires. Nous n’y avons rencontré aucune opposition, mais en fouillant leurs affaires, nous avons récupéré du matériel et quelques informations intéressantes, notamment sur un morceau de parchemin, un poème que je retranscris ici :


Ma traduction n’est sans doute pas parfaite, et certaines lignes du texte doivent être interprétée, mais la fin du texte est facile à comprendre… Les adeptes de la Voie des Murmures suivent une vieille prophétie visant à « ramener à la vie » Tar-Baphon. Pas question de lasser faire cela. La première chose à faire est de prévenir l’ordre Palatin, afin que d’autres soient au courant s’il nous arrivait quelque chose… Car les combats d’hier nous ont prouvé que nous pouvions aussi faillir, même sous le regard bienveillant de Pharasma.

20 nov. 2013

Les carnets de route de Stephan Markov – extrait 21 [CCH]

Nous avons eu une nuit agitée. Nous avions décidé de dormir à l’étage du moulin où nous avons combattu les lycants. Gunther aurait préféré dormir au rez-de-chaussée, j’ignore pourquoi. Bien sûr, nous avons organisé des tours de garde. En début de nuit, deux loups-garous sont revenus, sans doute après avoir fini leur patrouille. J’ai essayé de me faire passer pour leur chef, mais la ruse n’a pas pris. Si mes compagnons, Enya en particulier, n’avaient pas fait autant de bruit, ça aurait peut-être marché. Nicolaï m’a appris que plus tard dans la nuit, alors que je dormais, une grosse créature, une espèce de mort-vivant mi ogre mi porc-épic, avait essayé de défoncer la porte du bâtiment sans y parvenir…

Au petit matin, nous avons été réveillés par les bruits que faisaient deux prêtres d’Urghatoa, un homme et une femme, sur la place du village. Ils étaient occupés à vider la fosse commune, et avaient déjà ranimé une douzaine de squelettes. Nous sommes sortis du vieux moulin pour faire cesser cette abomination. Le combat n’a pas duré longtemps, grâce à la boule de feu lancée par Nicolaï, qui a soufflé tous les morts vivants en un instant. Les deux prêtres ont eu le temps d’appeler à l’aide avant d’être éliminés ; de toute façon, avec la boule de feu, nous avions abandonné toute prétention à la discrétion.

Je pense que c’est la prêtresse qui a réussi à me maudire avant d’être abattue par Gunther… Elle a touché mon avant bras pendant le combat, et la marque de son dieu s’y est imprimée. Depuis lors, j’ai des absences, qui peuvent durer plusieurs secondes. C’est très handicapant au combat. Dès que j’aurai le temps de prier, je demanderai à Pharasma de me délivrer de ce mal.

Alors que nous fouillions les deux prêtres, d’autres squelettes, enflammés, ceux-là sont apparus, guidés par d’autres cultistes. Le combat a été plutôt facile, mais je pense en avoir manqué des morceaux à cause de la malédiction… Ensuite nous sommes entrés dans un bâtiment, une ancienne verrerie, pour ce que j’ai pu en juger. C’est de là que le dernier groupe de morts vivants était sorti.

Nous avons combattu un troisième groupe de squelettes. Ceux là portaient des armures et n’étaient commandés par aucun nécromant. Armé de la volonté de Pharasma, j’ai écourté le combat, pour économiser les forces de mes compagnons.

Je ne sais plus exactement pourquoi (je suppose que j’ai manqué des morceaux de conversation à cause de la malédiction), mais mes compagnons ont décrété que le chef de nos ennemis devait se trouver dans la tour qui se trouvait à l’autre bout de la place. Gregori est parti en premier, en éclaireur. Alors qu’il venait de disparaître derrière le coin d’une maison voisine, Enya est parti aussi. Puis Sacha. Puis Gunther. Je n’ai pas compris pourquoi ni comment je me retrouvais seul avec Nicolaï dans la verrerie ; je ne voyais plus personne à part lui. Puis nous avons entendu Sacha crier ; cela venait de la tour. Nous nous sommes précipités à son secours. Ce n’est que plus tard que nous avons appris qu’Enya, caché, avait essayé de la tirer hors de vue des sentinelles ennemies et l’avait fait sursauter, lui arrachant un cri de surprise.

Nous nous sommes retrouvés en bas de la tour ; Gregori et Gunther toujours invisibles. Soudain, les sorts ont commencé à pleuvoir depuis le sommet du bâtiment : drain de vie, nuage mortels et autres joyeusetés. J’ai lancé un sort de marche dans les airs à Nicolaï pour qu’il puisse atteindre le lanceur de sorts, puis je me suis approché de la porte du bâtiment pour essayer de la défoncer avec mon anneau du bélier. En vain, trop solide. Autour de moi, le chaos… Comme notre adversaire semblait invisible, je m’apprêtais à lancer un sort de négation de l’invisibilité quand j’ai perdu connaissance : le nécromancien en haut de la tour venait de lancer sur moi un sort, je ne sais lequel.

Voici la suite telle que mes compagnons me l’ont racontée : Enya faisait de son mieux pour nous mettre à l’abri, ma sœur et moi, répondant aux ordres de Nicolaï qui l’exhortait à battre en retraite. Gunther, embusqué dans une maison à l’autre bout de la place, tirait à l’arbalète au jugé, incapable de distinguer le lanceur de sorts qui nous mettait à mal. Pendant ce temps, Gregori avait contourné la tour et était parvenu au sommet de celle-ci ; pris entre un homoncule, une demi douzaine de squelettes, deux mains osseuses géantes et le lanceur de sort invisible, il s’est lancé vers l’endroit où il espérait que ce dernier se trouvait. Coup de chance ou pas, il a réussi à l’attraper et à le pousser au bas de la tour, en plein milieu du nuage mortel ; malheureusement, entrainé par son élan, il suivait le mouvement…

17 oct. 2013

Les carnets de route de Stephan Markov – extrait 20 [CCH]

Nous avons quitté Gregorstal ce matin. Sacha n’aurait, je pense, pas pu rester une heure de plus. Je dois reconnaître que je ne suis pas mécontent que nous ayons repris la route rapidement. Il est des choses qui ne doivent pas attendre, et combattre la Voie des Murmures en fait sûrement partie. De toute façon, si je reste trop longtemps ici, Père finira par me marier à une baronne ou l'autre, et ça... Il est encore trop tôt.

***

Après plusieurs journées de trajet sans histoire, nous avons eu une fin de journée agitée, hier. Nous avons été attaqués par un… arbre. Si j’ai tout compris aux explications de mes compagnons, il a projeté une illusion, leur faisant croire qu’il avait besoin d’aide pour détacher les corps de loups-garous pendus à ses branches. Sauf qu’il n’y avait pas de loup-garou, seulement les corps morts de pauvres hères. Mais seul Gregori et moi-même avions résisté à ses artifices, et tandis que nos compagnons s’agitaient en vain, nous étions attaqués par le saule sanguinaire ; saisis par les racines, nous approchions dangereusement de sa gueule. J’ai réussi à me libérer in extremis, mais Gregori a fini enfourné…

Heureusement, l’illusion commençait à se dissiper dans l’esprit de nos compagnons, qui, l’un après l’autre, sont venus à son secours, forçant le monstre à recracher notre maître-chien. Bien que gravement blessé moi-même, je m’avançais pour panser ses blessures, esquivant quelques coups de racines supplémentaires, pendant que nos guerriers se chargeaient de faire du petit bois de notre vorace ennemi.

Ils ont fini par le vaincre, Pharasma soit louée. Dans la terre remuée par le combat, nous avons découvert des dizaines de cadavres, certains en état de décomposition avancée. Nous les avons rassemblés avant de prendre quelque repos. Je ne pouvais pas dormir. J’ai passé la nuit en prières, pour le repos des âmes de ces malheureux. Je pense les avoir tous amenés à Notre Dame des Tombes, qui les guidera vers le repos qu’ils méritent…

Ce matin, nous avons fait un grand bûcher funéraire avec tous les corps et nous leur avons rendu un dernier hommage, avant de partir. Nous sommes à présent à la frontière entre le Barstoi et l’Ardeal, comme en témoignent les terres salées que nous traversons. Folie des hommes qu’est la guerre…


Nous sommes arrivés en vue des ruines de Feldrau hier en soirée. Alors que nous nous venions de dresser le camp, nous avons entendu des pas se diriger vers nous : Duristan Ariesir ! Il nous expliqua en quelques mots qu’il avait suivi la piste d’un groupe de lycanthropes depuis les bois frémissants, et que lui et ses hommes étaient installés au milieu du village, où ils avaient pu observer le curieux manège que se livraient les loups-garous avec un groupe d’individus en robes noires…

Apprenant que Duristan avait laissé ses compagnons en plein centre du village, nous avons changé nos plans : plus question d’attendre le lendemain. Je voulais m’assurer qu’ils allaient bien, connaissant le peu de prévoyance de leur maître. Si j’avais su…

Il s’agissait en fait d’un piège. Duristan et ses hommes étaient en fait des loups-garous, des Jezledans ou Loups-démons. Depuis quand ? Bonne question. Nous n’avons pas eu de réponse ; Nous avons été obligés de les passer tous par le fil de l’épée, au cours d’un combat épique dans l’ancien moulin du village. Nous aurions voulu interroger le chasseur, mais nous n’en avons pas eu l’occasion : à peine le combat au rez-de-chaussée terminé, un deuxième groupe de loups-garous tombaient littéralement du premier étage, menés par le redoutable Antépaladin Adimarus Ionacu.

Nos ressources étaient déjà bien entamées, mais avec l’aide de Pharasma, je suis parvenu à submerger leur chef de remords, le rendant virtuellement inoffensif… Nicolaï et Enya pouvaient le larder de coups à leur guise, en laissant les autres loups-garous à Gregori et Gunther, tandis que je soignais les blessés. Bref, nous nous en sommes une foi de plus bien sortis, grâce à la bienveillance de notre déesse…

Seule ombre au tableau : depuis qu’il a été possédé, il m’a semblé à plusieurs reprises que Gregori manifestait des pouvoirs étranges, dont il n’était pas capable auparavant. Je me demande s’il est vraiment libéré de l’emprise de l’esprit qui s’était emparé de lui, où s’il n’a pas conclu un marché de dupe avec une entité malveillante pour s’en débarrasser…

2 oct. 2013

Les carnets de route de Stephan Markov – extrait 19 [CCH]

Nous étions au sommet de l’escalier de la lune, à nous demander ce que nous allions faire de Gregori, quand un étranger est arrivé derrière nous. Un humain, arbalète à la main, grand, maigre et barbu. Son nom : Gunther Gunthar. Il avait été envoyé par la juge Daramid pour nous donner un coup de main dans notre poursuite des agents de la Voie des Murmures. Enya ne semble pas l'apprécier, ou en tous cas s'en méfier ; je ne comprend pas pourquoi.

Ca ne réglait pas le problème de Gregori… Il ne restait que quelques minutes avant que l’esprit qui le possédait ne reprenne le dessus. C’est lui qui a pris l’initiative : il s’est emparé du pendentif que portait Mathus, l’a ouvert et a dispersé les cendres qu’il contenait en récitant une prière dans une langue que je ne connais pas. De l’infernal selon Gunther. Quelques instants plus tard, Gregori reprenait forme humaine. Nous décidions de ne pas nous attarder sur place et de mettre un maximum de kilomètres entre nous et les clans avant la nuit…

***

La carte que nous avions récupérée sur le corps de l’agent de la Voie mort indiquant un lieu situé dans le comté de Varno, nous nous apprêtons à traverser le pays d’ouest en est… Hier soir, nous avons rencontré une troupe de varisiens, qui n’étaient autres que les loups du prince, un des clans lycanthropes de la forêt frémissante. Nous avons partagé leur repas et discuté de problèmes plus sérieux. De qui allait devenir le chef de meute. Rhakis Szadro, le chef des loups du prince, aurait aimé récupérer le titre, mais nous ne souhaitions pas qu’il tue Gregori pour cela. Nous sommes parvenus à un arrangement. Gregori a juré allégeance au clan, et nous avons promis de ramener la seconde moitié du cœur à Rhakis une fois que nous l’aurions récupéré des mains des agents de la Voie des Murmures. Je pense que l’accord que Gregori a passé avec le chef de clan va au delà de ça, mais je n’en sais pas plus.


Nous sommes passés à Gregorstal. C’était sur notre route, et ça faisait une bonne occasion pour voir père et nos amis au village. C’est toujours le Père Fédor qui s’occupe de la chapelle. Il se fait vieux, mais c’est toujours un homme délicieux. Seul Gunther m’a accompagné à l’église. Les autres sont allés chez les parents de Gregori pour les saluer. Sauf Enya, qui est partit directement au manoir ; il était sans doute pressé de saluer sa sœur.

Gunther n’a pas voulu nous accompagner à la maison, de peur de déranger ; il a logé à la pension de la mère Freyer. Nous avons retrouvé Enya les pieds sur la table ; père avait fait préparer un véritable festin pour nous accueillir. Nous avons parlé beaucoup. Un peu de nos aventures, beaucoup de ses projets de mariage à notre égard. Il voudrait être grand père avant de mourir ; de mon côté j’ai encore des choses à réaliser avant de penser à prendre femme.

***

La nuit passée a été agitée. Sacha avait accepté de dormir à la maison, malgré ses réticences. Comme elle le craignait, elle a été prise d’un terrible cauchemar ; le pense que l’alcool servi avec le repas n’a pas aidé… Elle s’est mise à hurler au milieu de la nuit ; nous sommes sortis de nos chambres au pas de course pour la trouver occupée à lancer tout ce qui lui passait sous la main vers la porte d’entrée de la maison. Bien entendu, il n’y avait personne. Nous l’avons calmée. Elle venait de revivre la scène de l’enlèvement de notre sœur.

J’ai accepté de partager ses souvenirs au moyen d’un sort, pour me faire une idée de la scène. J’ai effectivement vu l’homme bien habillé qu’elle décrivait, trainant Talia hors de la maison vers son carrosse, qui attendait dans la cour. J’ai distinctement vu le blason sur le flanc de ce dernier. Je ne sais pas à quelle famille il appartient, mais je ferai des recherches dès que nous aurons accès à une bibliothèque digne de ce nom…

Nous sommes repartis en milieu de matinée, pour le comté de Varno.

26 sept. 2013

Journal de Gregori Korsatol – Prière à Kuz [CCH]

O Kuz, Maître de l’aube rouge ! Que l’écho de ton aboiement se répète  à l’infini dès le matin naissant. Qu’il soit l’avertissement à tous les thanatopractes que le Chien se réveille et qu’il part en chasse.

L’aube vermeille se lève sur la forêt. Nous nous dirigeons vers le Grand Escalier de la Lune, ce monument jadis consacré à Desna. Nous sommes sur les traces de la Voie des Murmures. En dérobant le cœur de l’actuel chef des Tribus, Kvalca Sain du clan des Vollensag, ces suppôts de la liche ont créés le chaos et amenés la guerre parmi les clans de loup-garou de Shudderwood. Mathus de la tribu Mordrinacht, par l’action de la Voie, est devenu le nouveau Seigneur des Lycan, mais sans le cœur de son prédécesseur, il n’a pas toute la légitimité voulue.

Tout cela est sans doute une nouvelle étape dans le grand complot que la Voie du Murmure est en train de fomenter. Mais, que tous ses adeptes tremblent, je n’aurai de cesse traquer cette organisation. Il est heureux que, sur ce point, les Markov (et en particulier Stephen) soient du même avis. Sa famille continue de suivre consciencieusement la voie que mes aïeux lui ont tracée, même si les Markov ne s’en rendent pas toujours compte, et c’est une bonne chose.

O Kuz, Traqueur Insatiable. Puisses-tu guider mes pas comme je guide ceux des membres de cette famille.

Nous accusons un certain retard, le chemin était plus long que prévu et, hier, l’obscurité soudaine nous a contraints à trouver un abri de pour la nuit. Nous ne sommes pas seuls dans cette expédition. Pas loin de notre campement de fortune, un autre groupe moins discret s’est fait entendre. Il est possible que Duristan Ariesir, ce fou, chasseur de loup-garou, rôde dans le coin, mais, quoiqu’il en soit, nous avons décidé de ne pas nous montrer.

O Kuz, Prince des canins. Donne-moi la connaissance, permet moi de distinguer le vrai du faux parmi les Lycan. Permet-moi d’infléchir le destin sans but de cette race hybride.

Enfin, nous arrivons à notre destination. Cet imposant édifice, autour duquel s’enroule un escalier extérieur, est gardé par de nombreux hommes-loups. Dans la clairière tout autour, des packs circulent. Peut-être parmi ceux-ci pourrons-nous trouver des alliés afin de contrer la Voie du Murmure et Mathus l’usurpateur, mais nous ne savons pas à qui nous fier. Peut-être pourrons-nous nous tourner vers les Loups du Prince. Cette tribu issue de Scarzni fut jadis créée par Andreadus Virhold pour, justement, combattre la Voie du Murmure. Mais, qui a déjà pu faire confiance aux Scarznis sans le regretter ensuite.

Un groupe s’approche de nous, ce sont des membres de la tribu Vollenstag (de grands gros nordiques à l’air primal). L’avenant Nicolai prend la parole et explique la raison de notre venue. Contre toute attente ceux-ci nous laissent passer. A défaut d’être avec nous, au moins, ils ne sont pas contre.

Nous approchons de l’escalier, et nous  essayons également la voie diplomatique avec les lupins postés plus haut sur les marches. Mais ceux-ci ne l’entendent pas de la sorte et nous sommes accueillis par une volée de carreaux d’arbalète. Nous nous réfugions in extremis dans une grande salle désaffectée à la base du temple.

O Kuz. Cerbère de la porte. Que les âmes défuntes restent au pays des morts. Que les cadavres restent à la terre. Telles sont les règles qui doivent être respectées. Par cette prière, je te fais la promesse qu’elles seront d’application partout où je suis.

Mais le répit est de courte durée. Nous sommes assaillis par un puissant fantôme de lycanthrope. Il me parait clair que c’est l’âme de Sain, le dernier seigneur Lycan. Torturée et laissée là par des adeptes de la Voie du Murmure après lui avoir arraché le cœur. Un esprit torturé de la sorte n’aspire qu’à la vengeance et se retourne contre quiconque passe à sa portée.

Il décide de s’en prendre à Sacha, mais  elle à l’esprit fort, comme sa sœur - ah Sacha, tu ne sais pas à quel point tu lui ressembles – et elle expulse cette entité tout de go. Imperturbable, le fantôme se retourne vers moi. Il pénètre au plus profond des entrailles de ma conscience. Je sens hurler en moi la rage et le sang, la lune et la meute. Il infuse son essence canine dans toutes les fibres de mon corps. Le sang afflue dans mes veines, mon cœur va exploser. Je grandis. Ma bouche devient la  prolongation de ses crocs, mes mains de ses griffes, mon âme de son esprit de vengeance. Je ne me suis jamais senti aussi près de l’esprit canin. Comment résister !

Puis d’un coup, tout redevient clair. Je ne suis plus possédé par la colère de cet esprit perdu. Elle reste confinée dernière une fine barrière de protection. Plutôt que de subir l’assaut de l’ancien chef des Tribu, je peux enfin faire un avec lui et canaliser ses pulsions. Kuz a exaucé mes prières, je tiens enfin le moyen de gagner la confiance les Lycans.

Je me tourne vers Sacha, l’artisane de mon émancipation – encore toi Sacha -. Je souris, moment rare. Les autres me regardent, terrifiés. J’entends à peine leurs paroles, tout bourdonne encore autour de moi. Je comprends qu’il ne reste que peu de temps avant que je ne perde à nouveau le contrôle.

« Allons-y, nous avons juste le temps de défaire Mathus ». D’abord surpris, ils suivent ensuite mes pas, conscients que c’est la meilleure chose à faire.

O Kuz, Broyeur d’os. Que je sois l’instrument de ton courroux.

Tout se passe très rapidement, comme emporté dans un tourbillon, tout n’est que sensation et fureur. Mon instinct me guide d’abord vers Estovian Lazarov, enfermé là par ses anciens alliés. La mise à mort de ce pleutre ne vaut même pas la peine d’être décrite. Ses os disloqués pourrissent désormais au fond d’une oubliette.

J’entame ensuite mon ascension vers le sommet par l’escalier extérieur. Les quelques loups garous postés là essayent de me barrer le chemin, mais ils ne tiennent pas longtemps. Je sens à peine les coups qu’ils me portent. Peut-être mes compagnons y sont pour quelque chose. Et je continue mon inexorable ascension, mes compagnons toujours sur mes pas.

J’arrive alors au sommet de la tour, une cour à ciel ouvert. Mathus est bien là, mais il n’est pas seul. A son côté se tient une autre lycanthrope : Cybrisa, la matriarche du clan Dorzhanev. C’est ce moment que choisi l’esprit qui est en moi pour se manifester de nouveau. Nous rugissons à l’unissions, ma voix s’entremêlant avec celle de mon hôte : « Tu as volé mon cœur Mathus. Mais je reviens pour reprendre ce qui est mien »

A ces mots, je me jette sur un Mathus tétanisé. Sa compagne, livide en profite pour se transformer en corbeau et s’envoler au loin. Le combat est féroce, pourtant, en ce moment, je suis en paix. Plus rien n’oppose mon esprit à celui de Sain. Je ne sais d’ailleurs pas si c’est lui ou moi qui lui porte le coup fatal.

Tout est maintenant limpide, mes gestes sont simples, comme milles fois répétés. Il n’est pas question de suivre un « rituel immuable » ou de faire ce qui « doit être fait » encore moins d’accomplir une destinée particulière. Je suis acteur de ce qui est, je fais Un avec l’instant présent.

La main tendue, je plonge à l’intérieur de la poitrine du déchu, j’en retire le cœur encore palpitant, je le brandis vers le ciel, le porte à mes crocs, le sang coule à travers mon être. Je porte à bout la carcasse encore fumante de celui n’est plus et je la jette dans le vide au pied de la tour en hurlant. Partout dans la forêt, d’autres hurlements me répondent.

Je suis le loup qui aboie, je suis le chien qui hurle. Je suis Je suis celui qui est, et tous me reconnaissent. A l’heure ou le soleil se couche, à l’heure du crépuscule. Entre chien et loup.

O Kuzularin Yiyici, Mangeur d’agneau. Accepte mon offrande, cet être s’est allié à l’innommable. En faisant cela il s’est abaissé au niveau des proies alors qu’il devait être le chasseur. Qu’il en subisse donc la destinée. Permet maintenant à Kvalca Sain de passer la porte mon offrande est aussi la sienne et il n’a plus rien à faire dans le monde des vivants.

17 sept. 2013

Les carnets de route de Stephan Markov – extrait 18 [CCH]

Hier, nous avons marché dans la forêt jusqu’à la tombée de la nuit. Enya et Gregori nous servent de guides. La nuit, nous avons entendu des bruits non loin. Il semble qu’un groupe de chasseurs traîne dans le coin. J’espère que ce n’est pas Ariesir, vraiment.

Quoi qu’il en soit, nous avons préféré rester discrets et ne pas nous signaler à eux.

Aujourd’hui, nous sommes arrivés à l’Escalier de la Lune. La tribu Vollensag nous en barrait l’accès, mais nous sommes parvenu à les convaincre de nous laisser passer, en évoquant les liens de Mathus Mordrinacht avec la Voie des Murmures et notre intention de l’éliminer… Ils nous laissaient accéder au site, mais n’ont rien dit concernant le retour.

Arrivés au pied de l’impressionnante structure de pierre, nous avons constaté qu’elle était défendue par un autre groupe de lycanthropes : les Broken Ones. Nous ne les avions jamais rencontrés et ignorions tout de leur allégeance, aussi avons nous tenté la voie diplomatique. Nous avons été accueillis par une volée de flèches…

Heureusement, nous avions repéré, au bas de la structure, une porte taillée dans la pierre, vers laquelle nous avons couru pour nous abriter. Nous espérions trouver un escalier intérieur nous permettant d’atteindre les archers à couvert, et nous avons commencé à fouiller les lieux à cette fin. Mauvaise idée. Nous sommes tombé sur un puissant esprit, une sortie de fantôme lycanthrope, qui a pris possession de Gregori. L’aspect de notre cher maître-chien a pas mal changé : ses poils, ses crocs et ses griffes ont poussé de plusieurs centimètres, il a gagné en stature et pousse des grognements terrifiants. Malheureusement, il s’est immédiatement attaqué à nous, de sorte que nous n’avons pas eu le loisir d’étudier tous ces changements de près.

Heureusement, Sacha avait le sort adéquat, et a pu contrôler l’esprit malin. Gregori avait toujours un aspect aussi troublant, mais il était maître de son corps. Sacha nous expliqua que cela ne durerait que quelques minutes, et qu’il fallait trouver une solution dans ce laps de temps. Mettre Gregori hors combat forcerait l’esprit à quitter son corps, par exemple…

Mais ce dernier avait une meilleure idée. Puisqu’il bénéficiait d’une force et d’une résistance hors norme, il fallait en profiter, avant que l’esprit lycanthrope ne reprenne le dessus. Nous enjoignant de le suivre, il s’est remis à la recherche d’un escalier.

Nous n’en avons pas trouvé. Dans une cellule murée, nous sommes tombés nez-à-nez avec Estovian Lazarov. Bien que techniquement nous l’ayons libéré de sa prison, il n’a pas eu l’air heureux de nous voir, ni même un peu reconnaissant, et nous avons du employer la manière forte. Je dois dire que sous sa nouvelle forme, Gregori emploie très bien la manière forte… A priori, Estovian ne sera plus une gêne pour personne…

Cela dit, nous n’avions pas trouvé d’escalier intérieur. Seulement le cadavre d’un membre de la Voie des Murmures. Il fallait ressortir et affronter les tirs des loups-garous postés sur le premier palier de la structure. La présence de Gregori hirsute et tous crocs sortis les a quelque peu surpris, et nous en avons profité ; nous avons toutefois subi plusieurs tirs avant d’arriver au corps à corps et de pouvoir rendre les coups. J’ai du faire appel à la bienveillance de Pharasma après le combat pour refermer les blessures de mes compagnons.

A côté de nous, les escaliers montent en spirale, formant une sorte de tour de pierre montant à une plate-forme, vingt bons mètres plus haut. Mathus est là-haut sans doute. Le chemin semble libre…

Quand nous sommes arrivés au sommet de la plate forme, nous y avons bien trouvé Mathus. Il était accompagné de Kamalia, la dirigeante des Broken Ones. De toute évidence, ils étaient alliés… Alors que nous nous préparions à un combat difficile, Gregori, se dressant de toute sa stature, s’est adressé à nos adversaires :

« Tu as voulu me tuer, Mathus, mais tu n’as pas eu mon cœur. Je suis revenu de parmi les morts pour reprendre ma place ! »

Mathus, visiblement troublé, baisse sa garde. Son sourire s’est effacé ; je pense qu’il a peur. Kamalia, après avoir jeté un coup d’œil à son allié, semble décider que la situation a changé. Elle se transforme en une immense chouette et s’envole à tire d’aile vers la forêt. Gregori s’avance vers Mathus. Le choc est imminent.

Je n’ai jamais vu Gregori se battre avec une telle férocité. Bien sûr, nous l’avons aidé dans ce combat, mais j’ai le sentiment qu’il serait de toute façon venu à bout de son adversaire sans nous. Et pourtant Mathus était en guerrier redoutable…

Quand Mathus est tombé, la gorge arrachée par Gregori, notre compagnon s’est penché sur lui et lui a arraché le cœur avant de l’exhiber devant lui en poussant un hurlement bestial. Nous étions subjugués ; incapables de bouger. Pour ma part je me demandais si c’était Gregori ou l’esprit qui avait pris possession de lui qui était en train d’agir… Quoi qu’il en soit, il a plongé ses crocs dans le cœur de Mathus et l’a dévoré en quelques bouchées. Il a hurlé à nouveau mais il n’était plus le seul. D’autres hurlements lui répondaient. Les loups-garous des bois frémissants avaient un nouveau chef de meute, mais nous avions perdu un compagnon…

Dans la clairière, au pied de l’Escalier de la Lune, je regardais les Vollensag repartir vers la forêt. Le chemin était libre. Fallait-il faire l’accolade à Gregori avant de partir ? Je dois reconnaître que je ne connais pas le protocole à respecter avec un Chef de Meute…

29 juil. 2013

Les carnets de route de Stephan Markov - extrait 17 [CCH]

Quand je me suis réveillé ce matin, Gregori avait rejoint la Loge. J’ai été surpris qu’Yvan ne l’accompagne pas, mais il nous a expliqué qu’ils avaient eu à faire à une meute de lycanthropes et qu’ils avaient été forcés de se séparer pour les distancer. J’espère qu’il n’est rien arrivé à mon petit frère…

Gregori et Kuz ont l’air épuisés. On voit et on sent qu’ils ont passé une semaine en forêt.

Nous avons passé pas mal de temps à la bibliothèque. « Oncle » Enya et Gregori semblaient s’entendre pour fouiner là où cela ne leur était pas permis, j’ai donc préféré prendre mes distances, pour ne pas être mêlé à leurs bêtises. Je suis redescendu pour proposer aux personnes intéressées une petite cérémonie à Pharasma, dans la clairière voisine. J’ai prié pour l’âme des pauvres chasseurs qui nous ont accompagnés à la chasse aux loups-garous et qui y ont laissé leur vie. Seuls quelques hôtes de la loge m’ont accompagné. Je suppose qu’Erastil a plus de fidèles que Pharasma en ces lieux…

Nicolas, Enya et Gregori sont venus me trouver après la cérémonie. Ils avaient été fouiller dans la chambre et le bureau d’Estovian Lazarov. J’aurais du les en blâmer, mais leur curiosité nous apportait des éléments nouveaux… Monsieur Lazarov avait bien accueilli deux émissaires de la Voie des Murmures, trois semaines plus tôt. En fait, il devait un service à ceux-ci, qui étaient venu lui en demander le paiement, en quelque sorte. Si j’ai bien compris, il leur a donné des renseignements sur les tribus de loups garous de la région, qu’il semble mieux connaître qu’il ne le prétend. Il les a mis en contact avec le chef d’une des tribus, Mathus Mordrinacht.

Une réunion a eu lieu entre Mathus et les délégués de la Voie des Murmures au sein de la loge. Dans le salon de massage, pour être exact. Anecdote intéressante, un des délégués de la Voie des Murmures n’est autre que ce bon vieil Adivion.

Adivion Adrissant, encore dans mon chemin. Mais cette fois, si j’arrive à prouver ton implication dans cette affaire, tu ne mettras pas les rieurs de ton côté, crois-moi ! Je vais te prouver, cette fois, que les dieux ne sont pas inutiles. Que Pharasma récompense ceux qui la servent honnêtement !

Bref, il semble que les adeptes de la Voie des Murmures aient arrangé la chute de l’actuel chef des loups-garous des Bois Frémissants, pour le remplacer par Mathus Mordrinacht… Nous étions bien décidés à en savoir plus, et nous sommes remontés à la bibliothèque, pour y attendre Lazarov quand il remonterait dans son bureau.

Malheureusement, lorsque nous lui avons mis son journal et les preuves l’incriminant devant le nez, il a sorti une baguette magique de sa poche et lancé un sort de téléportation avant que nous ne puissions réagir. Nous avons passé presque une heure à le chercher dans la loge et à interroger tout le monde, mais c’était peine perdue. Il était surement déjà loin, et il risquait de prévenir ses alliés.

Il nous faut partir pour l’Escalier de la Lune au plus vite. C’est là que se réunissent les tribus de loups-garous, et c’est là que nous avons le plus de chances de retrouver ceux que nous cherchons, ou du moins des pistes nous conduisant à eux. Nous risquons d’arriver en pleine lutte de succession, mais le journal retrouvé dans le bureau de Lazarov pourrait justement influencer le choix d’un nouveau chef pour les lycanthropes de la forêt. Si nous pouvions éviter que ce nouveau chef soit à la solde de la Voie des Murmures, ce serait vraiment bien. Je termine d’empaqueter mes affaires. Nous partons dès ce soir, avant que cet incapable d’Ariesir ne réalise que, cette fois, nous partons à la « chasse aux lupins » sans lui.

11 juil. 2013

Les carnets de route de Stephan Markov - extrait 16 [CCH]

Nous sommes partis ce matin, comme prévu, à la chasse au loup-garou. Celle-ci avait été préparée par Delgros, qui est je crois le maître chasseur de la loge. Je pense que c’est le seigneur Ariesir qui avait demandé qu’elle soit organisée. En tout cas, il était présent avec tous ses gens pour y assister.

Nous avons tout d’abord rencontré la route de quelques sangliers. De belle taille, les sangliers, cela dit… Ce premier affrontement nous a permis de juger de la valeur d’Ariesir et de ses hommes. Je doute fort qu’ils soient d’une quelconque aide en cas d’attaque de loup garou. La plupart ont détalé ou se sont blessés avec leurs propres armes…

Je pense que Delgros l’a compris aussi bien que moi. Quand, un peu plus tard, nous sommes tombés sur les traces d’un gros loup, il a argué la piste nous éloignerait trop de ses terrains de chasse habituels et de la zone de sécurité relative autour de la Loge. Il a refusé de suivre la piste et a suggéré que tout le monde le suive pour être à Ascanor avant la nuit… Bien sûr, impossible de convaincre cette tête de mule d’Ariesir. Delgros est reparti seul. Pas question pour nous de laisser ces pauvres serviteurs accompagner leurs maître vers une mort certaine sans avoir tenté de les protéger.

Deux heures avant que la nuit ne tombe, les hommes d’Ariesir ont monté le camp selon ses instructions. Un faux camp bien en vue, et des postes d’observations discrets tout autour. Quand les loups-garous sont arrivés, à la nuit tombée, tout cela n’a servi rien… Les hommes cachés par Ariesir ont été les premiers massacrés. Les lycants avaient sans doute senti leur présence. Leur chef, passablement énervé, nous a tenu un discours auquel je n’ai pas tout compris avant de se lancer à l’attaque. Je pense que les différents clans de loups-garous de la forêt ont des relations tendues pour l’instant et qu’il nous a pris pour des émissaires d’une autre faction, qui seraient parjures à un serment que je ne connais pas.

Quoi qu’il en soit, nous n’avons pas pu éviter le combat. Au final, nous n’avons pu sauver que deux des serviteurs du seigneur Ariesir. Lui-même a du mouiller ses pantes mais se porte bien. Après avoir mis hors d’état de nuire deux des loups-garous – dont leur chef – nous avons décidé de nous replier. Nous étions tous blessés et des hurlements enragés nous parvenaient de tous côtés. Si nous restions quelques minutes de plus, c’est toute la meute qu’il nous faudrait combattre.

Au terme de plusieurs heures de fuite éperdue dans la forêt en pleine nuit, nous sommes parvenus à les semer. En fait, je pense qu’ils ont abandonné la poursuite quand ils ont vu que nous quittions leur territoire. Heureusement qu’Enya et Nicolaï avaient balisé notre chemin, sans quoi nous nous serions égarés à coup sûr.

L’aube ne devait pas être loin de se lever quand nous sommes arrivés aux portes de la loge. Malgré la fatigue accumulée, je n’arrive pas à dormir… Au moins mon journal est-il à jour. Demain (ou plutôt tout à l’heure), il faudra faire un tour à la bibliothèque pour…

[La phrase se termine en un gros pâté d'encre, comme si le rédacteur s'était endormi sur son ouvrage.] 

5 juin 2013

Les carnets de route de Stephan Markov - extrait 15 [CCH]

Ce matin, nous nous sommes mis en route pour les Bois Frémissants. J’ai recruté un guide, Bertrand, qui a accepté de nous mener jusqu’à la loge Ascanor pour presque rien quand il a su que nous étions en mission au service de Pharasma. Il m’a semblé être un garçon honnête et compétant. J’ai pas mal discuté avec lui pendant que nous marchions. Il n’a pas plu de toute la journée. Ca arrive si peu souvent en Ustalav que ça méritait d’être souligné…

***

Nous sommes arrivés à l’orée de la forêt en matinée. Il nous faudra encore quelques jours pour atteindre la loge. Gregori et Yvan ont insisté pour partir en éclaireurs ; ils nous rejoindront sur place. Dans le courant de l’après midi, nous avons découvert le cadavre d’un homme pendu à un immense chêne au milieu d’une clairière. L’endroit était piégé à outrance : des dizaines d’arbalètes accrochées aux arbres environnants, toutes pointées vers le pendu et reliées à un faisceau de câbles les actionnant au moindre contact… Je me demande qui a pu prendre le temps de mettre un tel dispositif en œuvre, et à qui il pouvait en vouloir suffisamment… Enya a passé deux heures à récupérer les carreaux et à désactiver les arbalètes. J’en ai profité pour enterrer le pauvre hère. Il avait de la belladone en bouche… J’en ai déduit que des lycanthropes devaient être impliqués dans cette affaire.


Nous avons pris des risques inconsidérés la nuit passée. Déjà hier, il y avait eu ces pièces d’or sur le bord du chemin, qui semblaient placées là pour nous attirer au plus profond de la forêt. Puis pendant la nuit, nous avons été attirés par ce chant. C’est vrai qu’il était beau. Trop beau pour être honnête. Mais je n’ai pas réussi à dissuader mes compagnons de quitter le camp pour en trouver la provenance. Je les ai donc suivis.

Les notes nous ont mené à une petite maison de chasseur en piteux état. A l’intérieur, nous avons découvert la créature mi-larve mi-humanoïde qui nous avait attirés jusqu’ici… A peine nous avait-elle vu qu’elle cessa son chant pour nous engluer dans une toile poisseuse, avant de se jeter sur nous… Pris dans la toile, j’étais incapable de faire quoi que ce soit. Heureusement, le charme qui nous avait amené jusqu’ici ne semblait plus actif, et mes compagnons ont promptement réagi… Au terme d’un bref combat, le monstre était vaincu. Dans son antre, nous avons trouvé quelques cocons de belle taille. La plupart ne contenaient que des animaux en état de décomposition plus ou moins avancés, mais les deux derniers contenaient des cadavres humains. Un des deux était sans doute un noble se rendant à la loge ; il portait une lettre adressée à monsieur Lazarov, le gérant de celle-ci. Après avoir fait cette découverte, nous sommes rentrés au camp et nous avons dormi…

Nous sommes arrivés à la loge en fin d'après-midi. L’accueil a été plutôt froid, les employés de monsieur Lazarov ne prétendant pas nous laisser entrer… J’ai du faire valoir mes titres et monter le ton pour que les portes s’ouvrent.

La loge est restée aussi belle que dans mes souvenirs d’enfant. Une hostellerie de luxe cachée au milieu des bois hostiles. Nous avons fait connaissance avec quelques uns des résidents ; des nobles et des chasseurs de renom pour la plupart. C’est d’ailleurs l’un d’eux, le « bien connu » traqueur de loups-garous Silvio Ariesir, qui s’est avéré être l’auteur de l’arbre piégé que nous avons désamorcé il y a quelques jours. Nous avons pris soin de ne pas mentionner ce dernier fait. Nous avons passé une soirée agréable. Très agréable en ce qui me concerne, puisque j’ai pu sympathiser avec la marquise Welgory, qui m’a initié aux subtilités de la chasse au renard…

***

Cette première nuit à la Loge m’a revigoré. Après avoir demandé conseil à Pharasma dans mes prières, je suis allé remettre la lettre trouvée dans la forêt à monsieur Lazarov. J’en ai profité pour lui demander si il avait des nouvelles de Gregory et Yvan. Aucune. J’espère qu’il ne leur est rien arrivé. J’ai aussi commencé mon enquête concernant la voie des murmures, mais ni lui ni aucun de ses employés ne se souvient avoir vu passer qui que ce soit d’inhabituel ces dernières semaines.

Il semble que la majorité des pensionnaires de la loge s’apprêtent à partir pour une chasse au loup-garou. Je pense que nous allons nous joindre à eux, cela nous permettra peut-être de nous rapprocher de l’un ou l’autre pour glaner quelques informations. Je pense que le commandant Cilas Greydon, par exemple, pourrait être un allié intéressant…

11 avr. 2013

Les carnets de route de Stephan Markov - extrait 14 [CCH]

Après que nous nous soyons reposés quelques heures, Sacha est montée sur le toit pour accéder à l’artefact permettant de contrôler « le premier » (c’est ainsi que Waxwood appelle la bête de Lepidstadt). Pour se protéger des éclairs qui fusaient sans discontinuer depuis les antennes de cuivre, elle a prit une forme élémentaire, et je l’ai bardée de sorts de protection contre les éléments.

Elle est redescendue après une vingtaine de minutes, nous annonçant que la bête serait là dans une dizaine d’heures. Nous avons donc attendu. Et effectivement, une dizaine d’heures plus tard, le golem de chair apparaissait. En quelques mots, nous lui expliquions la situation : son maître était retenu prisonnier, avec une des ses créatures (que Waxwood nommait Adam) barrant le passage. Il n’en fallait pas plus, déjà, le golem montait les escaliers vers le sommet de la tour.

Le combat qui a eu lieu là-haut avait tout du choc des titans. Caché au plafond, dans un amas de toiles d’araignées, Adam s’est littéralement laisser tomber au milieu du groupe. Une aberration sans nom, plus grande encore que la bête, avec des pinces énormes lui tenant lieu de mains. En une fraction de seconde, il s’était saisi de Gregori, et tentait de le broyer. Notre compagnon frappait de sa seule main libre, mais ses coups rebondissaient sur la carapace du monstre. J’essayais de le soigner, mais Adam me tenait à l’œil et il m’était impossible d’approcher sans être moi-même frappé. N’ayant pas la vigueur de mon ami, je jouais la prudence…

Sans « le premier », je pense que nous aurions perdu Gregori, et peut-être d’autres compagnons par la suite. Mais ce qu’il rendait en taille à Adam, il le reprenait en férocité. Ses coups puissants finirent par avoir raison du monstre ; nous n’avions fait que l’assister. Il nous rester à libérer le comte Caromarc, prisonnier d’une vierge de fer à l’autre bout de la pièce.


Nous avons passé quelques jours au château, à attendre que le comte se remette sur pieds. Nous lui avons raconté comment et pourquoi nous étions arrivés ici. De son côté il avait été attaqué par les adeptes de la Voie des Murmures, qui après avoir massacré ses gens, l’avaient emprisonné et utilisé « le premier » pour commettre le vol de la statuette à l’université de Lepidstadt.

Quelle logistique, quelle énergie dépensée, pour une simple statuette dont on dit qu’elle n’est même pas magique. Je suis convaincu que quelque chose de bien sombre se trame en Ustalav. Plus sombre encore qu’à l’accoutumée.

Heureusement, le comte avait surpris quelques bribes de conversation chez ses agresseurs. Ils se rendaient dans les bois frémissants. Un endroit dangereux. Un repaire de bandits et, pire, de lycanthropes. Le compte nous suggérait de commencer nos recherches à la loge Ascanor, un relai de chasse bien connu. Tout qui devait passer dans les bois frémissants, y faisait forcément halte. Le nom ne m’était pas inconnu. Père nous avait raconté quelques parties de chasses mémorables et les beuveries qui s’en étaient suivies à la loge…

J’ai profité du temps à notre disposition pour discuter avec le comte. Son passe-temps me dérange, il joue avec la vie et usurpe ainsi un apanage divin. J’ai tâté le terrain, mais je ne le convaincrai pas de renoncer. Il faudra toutefois le surveiller, ses expériences finiront par mal tourner. D’ailleurs, ça a déjà été le cas, en quelque sorte…

***

Après quelques jours de voyage, nous voici de retour à Lepidstadt. Nous avons fait part des événements de ces derniers jours à la juge Daramid, ainsi que de notre volonté de continuer à suivre la piste de ceux qui ont volé la statuette. Elle a semblé plutôt satisfaite. Elle nous a confié son appartenance à l’Œil Palatin, un ordre auquel appartenait aussi le professeur Lorimar, et qui s’est donné pour but de protéger l’Ustalav contre les menaces extraordinaires tapies dans les ombres. Depuis Tar-Baphon, le passé du pays ne manque pas d’histoires horribles auxquelles l’ordre s’est mêlé pour empêcher les choses d’aller trop loin.

Elle nous a proposé de travailler pour l’ordre, comme agents de terrain. Dans la mesure où cela n’interfère pas avec ma charge ecclésiastique, cela me convient parfaitement.

J’ai également fait mon rapport sur ce qui s’était passé à la Sainte Sœur de Justice, afin de m’assurer que le clergé de Pharasma soit au courant de ce qui se tramait autour de Lepidstadt. J’ai suggéré qu’elle fasse envoyer un jeune prêtre à Schloss Caromarc, afin de servir de conseiller au comte, et surtout de surveiller ses expériences. Je lui ai suggéré Umbert, un acolyte que j’ai rencontré pendant mes études, de deux ans plus jeune que moi. Il me semble suffisamment modéré pour pouvoir s’entendre avec le comte.

Nous allons sans doute rester une petite semaine en ville, le temps de quelques achats. Il ne faudra pas trainer, afin que la piste des adeptes de la Voie des Murmures ne soit pas trop froide.

12 févr. 2013

Les carnets de route de Stephan Markov - extrait 13 [CCH]

Nous avons pris trois jours de repos dans le manoir. Il me fallait bien ce temps là pour soigner la putréfaction de la momie et les autres maladies contractées par mes compagnons.

Nous en avons profité pour jouer au billard. Oncle Enya se défend vraiment bien. Une fois que tout le monde était un peu plus en forme, nous avons repris l’exploration.

Sous le cabinet des horreurs, il n’y avait qu’une réserve isolée, à laquelle nous avons accédé via un escalier de fer battu par les embruns de la cascade. La pièce contient quelques caisses, sans doute des projets de golem, auxquels nous avons préféré ne pas toucher pour ne pas les activer « par mégarde » et se retrouver impliqués dans un combat inutile. Prudente, Sacha a placé un sort d’alarme devant la porte, au cas où quelque chose bouge là bas, puis nous sommes remontés.

Le premier étage du bâtiment est occupé par un entrepôt. Ce qui y est stocké est toujours aussi bizarre. Il y avait même deux têtes de méduses… encore vivantes. Nous les avons laissées dans leur caisse, mais par Pharasma, quelle horreur. Alors qu’Enya grimpait à l’échelle permettant de monter à la tour du second étage, il a déclenché un piège ; une épaisse fumée âcre a envahi la pièce, et nous avons craché nos poumons pendant de longues minutes avant de reprendre notre respiration. La tour était entièrement vide, de toute façon. Le troisième bâtiment du manoir était entièrement exploré, il ne nous restait qu’à emprunter le passage qui partait de la pièce aux sarcophages.

Ce passage creusé dans la montagne, sans doute construit pour permettre la fuite des occupants en cas d’attaque du fort, nous a amenés à un couloir inondé. De l’eau jusqu’aux genoux.

Enya fait office d’éclaireur, mais joue de malchance, et tombe dans les deux premiers pièges que nous rencontrons, des trappes, cachées sous l’eau boueuse, qui renferment quelques gardes morts vivants et une colonie de sangsue. Après avoir combattu les gardes et enlevé exactement 67 sangsues de nos petits corps meurtris, j’appelle sur nous la bienveillance de Pharasma pour nous rendre vigueur et force. En effet, il nous faut maintenant déblayer les escaliers menant à l’étage, encombrés de gravats.

Le soir est tombé, nous avons presque fini notre dur labeur. Nous accéderons à l’étage bientôt


Il ne nous a fallu que quelques coups de pelle, ce matin, pour terminer l’ouvrage commencé la veille. Nous avons découvert, en haut, quatre grandes cuves, remplies d’eau. La première contenait un basilique au corps transparent, qui a bien failli réussir à couper Enya en deux d’un coup de dents. Après l’avoir tiré de là, nous avons refermé la porte derrière nous. La deuxième cuve contenait les corps, flottants, de trois créatures étranges, sans doute le produit d’expériences du propriétaire des lieux. L’environnement aqueux ne semblait pas leur convenir. Nous avons laissé de côté les deux autres cuves, pour suivre ce qui nous semblait être le couloir principal, qui nous a mené sur un nouveau pont, aussi étroit et glissant que les précédents. Et cette manie de construire les ponts à quelques mètres seulement des cascades…

De l’autre côté du pont, se dressait une tour métallique de plusieurs étages. Une sorte de paratonnerre, en fait, qui grésillait en permanence, visiblement chargée d’électricité. Nous arrivons au pied de la tour pour y découvrir une cage de métal complètement éventrée. J’aurais voulu ne jamais rencontrer la créature qui avait ainsi arraché des barreaux aussi épais que mon avant-bras… Malheureusement, elle devait se tenir juste au dessus de nous, quelque part dans les escaliers, puisqu’elle s’est laissée tomber juste au milieu de notre groupe. Une masse de muscles et de tendons sanglants, à côté de laquelle le golem de tripes rencontré quelques jours plus tôt aurait presque pu paraître mignon. J’exagère à peine.

Un peu surpris par la violence de l’attaque, nous ripostons tant bien que mal. La créature, perchée sur ce qui reste de sa cage, profite de son allonge pour nous frapper dès que nous approchons ; au bout de quelques secondes de combat, il ne reste que Sacha et moi debout, notre première ligne est tombée sous les coups de la chose. Sacha est pour l’instant relativement à l’abri en haut des escaliers, bien que, vu la surprenante agilité du monstre, je crains fort qu’elle ne le reste pas longtemps. Quant à moi, je me suis réfugié dans la cage, juste sous le monstre, avec une idée en tête.

Nos meilleurs combattants sont tombés face au monstre, je ne ferai pas le poids. Mais il y a cet anneau, que Nicolaï m’a remis il y a quelques jours. Je l’active, recroquevillé derrière mon bouclier, bras tendu vers la créature. Ca marche ; mon adversaire est projeté vers l’arrière. Une seconde décharge d’énergie, et je le repousse sur le pont, juste au bord du précipice. Il s’agite, de rage, de douleur et d’incompréhension. Une troisième décharge ; il bascule. Je hurle de joie, avant de constater qu’il a réussi à s’agripper à la margelle du pont. Je m’approche et utilise l’anneau une dernière fois. Cette fois c’est la bonne : son corps plonge vers les rapides, vingt mètres plus bas. Même s’il survit à la chute, il sera entrainé par le torrent et ne devrais plus nous causer de souci dans l’immédiat.

Une fois de plus, Pharasma m’aide à remettre sur pied mes compagnons ; nous hésitons à continuer l’exploration pour aujourd’hui, nous avons besoin de repos. Mais une créature s’adresse à Sacha par télépathie : Waxwood, le serviteur-golem-diablotin (je ne sais pas ce qu’il est le plus) du comte Alpon.

Il nous explique que son maître est coincé en haut depuis l’attaque des gens en noir (des adeptes de la voie qui murmure ?). Il est bloqué, si nous comprenons bien, par un golem de chair qui ne lui obéit pas. Il faudrait appeler « l’autre », la bête de Lepidstadt, pour le libérer. Pour ce faire, il faut monter en haut de la tour, et s’exposer aux décharges électriques. Nous finissons par rejoindre Waxwood, qui nous propose de la nourriture. Nous décidons de nous reposer avant de monter pour libérer le comte. De toute façon, nous ne sommes pas en état de faire face à un golem déchainé pour l’instant.

30 janv. 2013

Les carnets de route de Stephan Markov - extrait 12 [CCH]


Nous avons continué l’exploration du manoir. Yvan, qui était resté en arrière nous a rejoint. Il semble que l’élémentaire qui gardait le pont ait disparu.

L’endroit semble bien entretenu, les réserves sont bien remplies, mais nous ne trouvons aucune trace de vie. La découverte de la présence d’un serviteur invisible explique la propreté des lieux. Mes compagnons sont prêts à dévaliser les étagères, et je dois leur rappeler que le propriétaire est peut-être toujours en vie, et que dans l’hypothèse où nous le rencontrions plus tard, il vaudrait mieux éviter d’avoir les poches pleines de ses bibelots au moment d’entamer la conversation.

A l’arrière du manoir, nous découvrons une porte dérobée, donnant sur un étroit pont de pierre, qui mène à un second bâtiment. De celui-ci part un autre pont qui mène à une troisième construction, à l’architecture étrange. Mais avant tout, nous finissons l’exploration de cette aile du domaine. L’étage renferme quatre grandes chambres à coucher. Le fatras de notes, de plans et de documents divers que l’on y trouve nous laisse penser que l’endroit est ou a été habité par une sorte d’ingénieur.

La dernière chambre, sans doute celle du comte Alpron Caromarc, est fermée à clé. Elle n’est toutefois pas assez solide pour résister à un magistral coup de botte de Gregori. Contrairement aux autres pièces, elle est remplie de poussière. Une fouille approfondie nous permet de découvrir le trésor secret du comte, que nous laissons en place, à l’exception de deux statuettes magiques. Selon mes compagnons, elle pourrait servir au cours de l’exploration du manoir, et si ce n’est pas le cas il la remettront en place. Soit…

Nous décidons de prendre un peu de repos dans les chambres avant d’aller plus loin. Je m’isole pour remercier Pharasma de nous avoir gardés en vie jusqu’ici.


Cette journée de repos nous a fait du bien. La nuit a toutefois été agitée, Sacha ayant été victime d’un de ses cauchemars. Son cri d’horreur nous a tous réveillés ; étrangement, quand nous sommes arrivés à son chevet, elle souriait et arborait un air serein. Tout cela avait quelque chose de malsain quand j’y repense. Elle nous a raconté son rêve. Une histoire de garde désintégré contre un mur… Gregori a ensuite prétendu avoir fait le même rêve. Troublant.

Nous avons traversé le pont. Il glissait autant que celui de l’entrée, et je n’étais pas à l’aise. Il nous a conduit à un grand atelier, dont un des murs était complètement détruit. Sans doute une expérience qui avait mal tourné, à en juger du matériel d’alchimie abandonné sur place.

Nous y avons été accueillis par trois chiens rouilleurs. Reconnaissant sans doute en Gregori un ami des bêtes, ils se sont élancés vers lui pour lui faire la fête, ruinant définitivement sa cotte de mailles de leur bave acide. Voulant épargner sa bonne épée, il l’a lancée vers moi, qui étais resté en retrait. Un des chiens rouilleurs a pris cela pour un jeu et s’est précipité vers moi pour la rattraper… Il a heureusement été coupé dans son élan par un magistral coup de coude d’Yvan.

Nous n’avons hélas pas eu d’autre choix que de mettre hors combat les pauvres bêtes, pour ne pas être d’avantage victimes de leur affection débordante. Gregori, excédé par la perte de son armure, a finalement tenu à les achever.

Nous avons quitté avec soulagement le laboratoire, dont la structure, déjà affaiblie par l’explosion, avait encore été dégradée par la présence des chiens rouilleurs, qui s’étaient chargés de faire disparaître toute trace de métal de la pièce.

Un nouveau pont à traverser. Cette fois, il est fait de bois et de cordes, et mène à une structure étrange, construite sur plusieurs étages. La porte d’entrée, de l’autre côté du pont, est « gardée » par un vitrail représentant une nymphe, ce qui nous amène à nous poser quelques questions sur ce qui se cache plus loin. La réponse ne tardera pas. Par contre, je n’ai toujours pas saisi le rapport avec la nymphe…

Passé le couloir d’entrée, nous débouchons sur une grande pièce remplie d’étagères. En face de nous, un escalier descend vers l’étage inférieur. Une porte mène vers l’extérieur ; sans doute vers un autre pont – misère ! A chaque extrémité de la pièce, un sarcophage osirien… Malheureusement pour nous, un des deux est en fait une mimique, tandis que l’autre renferme une momie. Et les deux sont agressives. Sacha, Yvan et Gregori sont paralysés de terreur à la vue du cadavre couvert de bandelettes qui s’avance vers eux. La mimique en profite d’ailleurs pour enserrer de son pseudopode visqueux ma petite sœur, incapable de se défendre. Voyant qu’Enya et Nicolaï se jettent sur le mort-vivant, je leur crie d’utiliser du feu pour en venir plus facilement à bout. Cela fait, j’en appelle à Pharasma pour délivrer mes compagnons de la terreur qui les étreint et leur permettre de riposter enfin.

Le plus dur est passé, nous sommes réorganisés et la victoire ne peut plus nous échapper. Malgré tout, je crains fort qu’Enya et Nicolaï n’ait été atteints par la maladie de la momie. Et si je me souviens bien de mes années à l’académie, c’est une des afflictions les plus difficiles à soigner. Je redoute l’apparition des premiers symptômes.

Nous poursuivons l’exploration des lieux. Un escalier menant aux étages supérieurs. Mais surtout une espèce de cabinet des horreurs, le paradis du biologiste fou. Des dizaines de bocaux, contenant des animaux ou des morceaux d’animaux conservés dans du formol. Je détourne la tête. Je ne suis pas le seul.

Tandis que nous explorons les lieux et nous demandons si nous allons monter ou descendre, des bruits venant de la pièce où nous avons combattu la momie attirent notre attention. Nous allons voir, et tombons nez-à-nez avec un golem de… viscères. Il est tenu en laisses par une demi-douzaine d’homoncules, qui lui crient des ordres contradictoires : « Avance », « Frappe devant-toi », « Attend »… Une véritable cacophonie, dont la raison d’être nous apparaît rapidement : ils doivent guider le monstre de chair, qui, dépourvu de globes oculaires, est totalement aveugle. Tandis que mes compagnons entament le combat, qui en se faufilant vers les petites créatures, qui en frappant à toute force sur le golem, j’invoque une fois de plus la puissance de Pharasma avant d’hurler « Silence » tout en pointant du doigt le fond de la pièce.

Malheureusement, deux des homoncules ont échappé à mon sort. Un des deux continue à donner des ordres au golem, tandis que l’autre invective ses camarades qui ne disent plus un mot, initiant une bagarre… La bagarre tourne au pugilat, laissant à Yvan l’opportunité de se faufiler entre les homoncules pour arriver dans le dos de la montagne de chairs. Aussitôt, un des homoncules hurle « frappe derrière, derrière-toi ! ». Docile, le monstre obéit, et balaye de ses bras musclés la moitié des homoncules survivants. Yvan, qui avait prévu le coup, a eu le réflexe de se jeter en arrière.

C’est le chaos total. J’essaie de soigner mes compagnons, dont certains ont été blessés par les coups titanesques du golem de viscères. Heureusement, les ordres du dernier homoncule, qui cède peu à peu à la panique, sont de plus en plus chaotiques, et la créature frappe aussi souvent dans le vide ou dans le mur que sur nous. A la mort du dernier homoncule, livré à lui-même le golem frappe au hasard… Nous essayons d’être le plus mobiles possible, pour qu’il ait du mal à nous repérer. Fatigué par ce petit jeu et les coups que nous lui portons, il finit par s’effondre à son tour. Il ne nous reste qu’à déterminer par où lui et les homoncules sont arrivés. Et à bander nos blessures…

19 déc. 2012

Les carnets de route de Stephan Markov - extrait 11 [CCH]

Après une nuit de repos, nous sommes revenus à la porte. Les cadavres du troll et des chiens avaient disparu ; la porte était entrouverte. Précautionneusement, Enya risqua un œil à l’intérieur… La pièce qu’il nous décrivit était sans doute un corps de garde, avec des escaliers menant à l’étage, où était installé un poste de guet. Dans la pièce, deux trolls et une poignée de gobelins, occupés à dépiauter les cadavres que nous avions laisser la veille, sans doute pour les manger…

Le bruit de la cascade voisine couvrant facilement toute discussion, ma sœur et moi lançons quelques sorts pour préparer notre attaque, et, au signal, Enya ouvre la porte à la volée et toute la famille se lance à l’assaut. Un des deux trolls est taclé avant d’avoir pu réagir, l’autre est trop surpris pour penser à prendre ses armes, mais se jette sur Gregori et réussit presque à le démembrer à mains nues. Heureusement, Pharasma répond favorablement à mes prières et referme les blessures de mes compagnons. Un troisième troll, armé d’une gigantesque arbalète qu’il sera bien en mal d’utiliser vu l’étroitesse de la pièce, rejoint le combat. Il vient de l’étage supérieur et semble commander aux autres. Malgré son arrivée, nous prenons rapidement le dessus.

Une fouille rapide du corps de garde et du poste de guet à l’étage nous permet de mettre la main sur le butin de guerre des trolls. Peu de choses en vérité, mais Nicolaï a tout de même mis la main sur un bâton magique qui pourrait se révéler intéressant.

Nous ouvrons la porte au fond du corps de garde, qui donne sur un pont étroit et humide, balayé par les embruns de la cascade qui gronde à quelques mètres seulement. Un pauvre garde fou de quarante centimètres de chaque côté est tout ce qui empêche un maladroit de faire une chute d’une trentaine de mètres en direction des eaux glacées garnies de pitons rocheux, juste au pied de la chute…

A l’autre bout du pont, à une quinzaine de mètres devant nous, se dresse Castel Caromarc… Mais nous ne sommes pas les bienvenus ; un chien mécanique est sorti d’une trappe jouxtant la porte alors que nous nous engagions sur le pont. Tous nos appels au maître des lieux restent lettre morte ; le bruit de la cascade n’y est sans doute pas pour rien. Nous nous résolvons à affronter le gardien. Nous en viendrons à bout avec l’aide d’une flasque d’huile alchimique lancée sur son trajet par Enya. Déséquilibré, les quatre fers en l’air, le monstre sera facile à mettre hors d’état de nuire.

Bien sûr, la porte d’entrée du château est fermée à clef. Sacha vient à bout de la serrure à coup d’aspersions acides, mais lorsque nous poussons la porte, un élémentaire d’air tourbillonnant apparaît juste à côté de nous, énorme. Il projette en tous sens des masses d’air chargées d’eau qui viennent nous fouetter violemment ; nous nous précipitons à l’intérieur du manoir pour échapper à sa vindicte et refermons la porte derrière nous. Au bruit du vent qui fait trembler la porte, nous devinons qu’il est toujours là. La retraite est coupée. Après avoir fait, une fois de plus, appel à Pharasma pour panser nos blessures, nous jetons un œil à la pièce qui nous entoure. Nous sommes dans le hall d’entrée d’une demeure cossue. Devant la porte, un l’âtre crépite d’une chaleur bienfaisante, et nous nous réjouissons de pouvoir sécher nos vêtements gorgés d’eau. Sur le mur de gauche, un tableau d’un homme en pied, sans doute un ancien comte de Caromarc. A droite, une table basse aux formes bizarres attire notre attention : elle vient de se redresser de toute sa hauteur. Un instant plus tard, elle attaque. Bien qu’elle s’avère solide et difficile à briser, je pense que son créateur à omis de lui apprendre a se battre, car ses coups se perdent souvent dans le vide, ce qui nous permet de la débiter en morceaux de bois et de métal sans trop d’efforts. Néanmoins, si tout le mobilier se montre aussi agressif, la visite du manoir pourrait rapidement s’avérer laborieuse…

27 nov. 2012

Les carnets de route de Stephan Markov - extrait 10 [CCH]

Nous avons pris deux journées de repos avant de partir pour Hergstag régler le problème des âmes-en-peine. J’en ai profité pour me “fabriquer” une torche éternelle selon la méthode que m’avait apprise le professeur Lorimar. J’ai demandé à “Oncle” Enya de me fabriquer un étui en cuir. Il faut reconnaître qu'il a fait du beau travail. Le reste de la famille avait des courses à faire en ville ; j'en ai profité pour passer un peu de temps à la cathédrale et prier Pharasma.

***

Nous sommes partis à Hergstag tôt ce matin. Nous voulions pouvoir explorer le village en journée. La plupart des maisons semblaient avoir été abandonnées à la hâte, seule celle des parents de la petite Karin avait été barricadée – ce qui ne nous a pas empêché d’y faire un tour. Dans les maisons, nous n’avons rien trouvé. Les champs et vergers voisins étaient truffés de pièges à ours ; Gregori en a désamorcé quelques uns. Sans doute étaient–ils destinés à la bête…

Si nous avons eu la chance de ne pas nous faire attraper, ça n’a pas été le cas d’un malheureux larron, sans doute venu piller les lieux. Nous l’avons retrouvé mort, sans doute d’épuisement, la jambe coincée dans les puissantes mâchoires du piège… Quelle horrible fin !

Peu d’endroits notables dans le village. Une chapelle à Desna – toujours consacrée – et l’ancienne cabane des enfants, en bord du lac. La cabane avait été brulée ; on y a retrouvé un recueil de poésie Taldorienne en mauvais état… Curieuse trouvaille, en vérité.

Sur la colline voisine, où nous étions montés pour observer les alentours, nous avions trouvé l’entrée d’une grotte naturelle… Après avoir terminé l’exploration du village, nous y sommes entrés.

Si nous avions su ! L’âme en peine supérieure, celle qui avait asservi les enfants s’y trouvaient, au fond s’un petit boyau terminé en cul-de-sac. Bien sûr, je savais que nous aurions du vaincre d’abord ses rejetons. Mais une fois face au monstre, il nous était difficile de prendre la fuite – il aurait fallu remonter en grimpant à la corde, une âme-en-peine sur les talons. De plus nous étions bien préparés, et le combat ne fut qu’une formalité, mes compagnons entourant notre ennemi à qui je me chargeait de rendre corps temporairement – avec l’aide de Pharasma, louée soit-elle. Privé de son principal atout, il éclatait dans un magma d’énergie sombre au bout de quelques passes d’armes.

Dans un coin de la grotte, quatre petits corps embaumés ; les quatre enfants dont les corps n’avaient pas été retrouvés. Nous avons mis l’après-midi à profit pour leur offrir une sépulture décente. J’ai ensuite insisté pour que nous logions sur place, craignant que ce ne soit insuffisant. Nous nous sommes donc couchés dans la chapelle du village.

***

C’est Sacha qui nous a réveillé en pleine nuit. C’était son tour de garde. Elle nous a montré les six petits corps translucides qui quittaient le village, libres de toute attache. Nous avions échoué. Impossible de les rattraper. Nous avions éliminé l’âme en peine qui avait mis à mal Hergstag, mais six de ses rejetons se promenaient maintenant dans la nature, libres comme l’air. Nous avons immédiatement quitté les lieux pour rentrer à Lepidstadt, dont nous avons passé les portes une heure avant l’aube. Mes compagnons sont allés se coucher à l’auberge ; seul ma sœur et moi avons rejoint la bibliothèque du monastère de Pharasma à la recherche d’une hypothétique solution pour rattraper notre maladresse. Devant l’absence évidente de solution, nous avons renoncé.

Je suis allé me confesser auprès de la sœur de justice et ai passé le reste de la journée en prières. Je vais me coucher.


Après avoir passé deux jours en prières pour expier mes erreurs, j’ai rejoint ma famille. Gregori et Enya se sont chargés de nous acheter de bons chevaux ; nous allons faire route vers Château Caromarc, où nous espérons rencontrer le maître de la bête que nous avons fait libérer… Trente-cinq lieues en une journée.

La journée a été difficile… Alors que nous traversions les contreforts montagneux qui mènent au château, nous avons repéré une wyverne – nous avions pensé, de loin, que c’était un dragon. Mes compagnons ont immédiatement piqué leurs chevaux pour s’abriter de la vue de la créature à la faveur d’un affleurement rocheux. Je suis malheureusement un piètre cavalier, et n’ai pu les suivre, si bien que la bête m’a repéré avant que je ne sois hors de vue.

La voyant obliquer dans ma direction, j’ai mis pied à terre et sorti ma pique, après m’être recommandé à Pharasma. Sa protection m’est toujours d’un grand soutien… Mes compagnons, comprenant que le combat serait inévitable, sont sortis de leur cachette pour se déployer autour de moi. C’est finalement sur Yvan que la créature a plongé, l’attaquant en vol avant de poursuivre sa route. Je posai donc ma pique pour sortir mon arbalète, tandis que chacun cherchait à se positionner au mieux pour réagir à la prochaine attaque du reptile volant.

C’est Sacha qui fit les frais de l’attaque suivante, qui fut du reste la dernière du monstre, passé à portée de Gregori et de son filet immobilisant. Les ailes bloquées, le wyverne était tombée lourdement au sol, et se débattait pour se défaire de ses entraves. Enya, Yvan, Nicolaï et Gregori lui fondaient dessus, et en quelques secondes la réduisait en tas de chair morte.

Malgré son impressionnante blessure, Sacha insista pour récupérer les glandes à venin de la bête. Devant mon regard incrédule, elle précisa qu’elles lui serviraient à faire des antitoxines. J’aurais du y penser. Comment ai-je pu imaginer autre chose ? Pour me faire pardonner, je soignai ses plaies avec minutie, avant que nous reprenions la route.

Le bruit des chutes nous indiqua, en fin d’après midi, que nous n’étions plus très loin. Nous avancions dans un défilé étroit, à la queue-leu-leu, quand nous sommes littéralement tombés nez-à-nez avec la porte du château. Et le troll qui la gardait. Un brin surpris, nous avons essayé de réagir au mieux vu l’étroitesse des lieux.

Enya a sauté de cheval pour atterrir entre le troll et ses deux… chiens. Yvan s’est dressé sur sa monture pour mieux grimper à la paroi voisine et prendre de la hauteur. Sacha a chuté de sa monture, ce qui m’a d’autant plus incité à descendre de la mienne avec prudence. Nicolaï et Gregori avaient juste sorti leurs armes et essayaient de trouver assez d’espace pour s’en servir dans la cohue.

Enya, tombé en plein milieu de la mêlée, tombait au bout de quelques instants. Le troll et ses deux chiens l’avait laissé dans un sale état, et je craignais ne plus pouvoir faire grand chose pour lui. La suite me prouverait heureusement que j’avais tort. Yvan venait de se jeter dans le combat, parvenant à surprendre le troll et à se glisser dans son dos, entre lui et la porte du château. Le troll flambait. Je pense que c’est Gregori qui était parvenu à le toucher d’une flasque de feu grégeois. Moi-même je libérai l’énergie de Pharasma sur le monstre que mon frère achevait d’une série de coups de poings magistraux. Il ne restait plus qu’à calmer les deux chiens trolls… Quelques instants plus tard, mes frères achevaient nos ennemis, tandis que je m’affairais à soigner les plaies de tout le monde.

Mon soulagement fut grand de voir Enya se relever. Je suis par contre inquiet pour certaines morsures infligées par les chiens trolls à mes frères. Je pense que ces bêtes étaient malades, et que des complications sont à craindre dans les jours qui viennent. Je devrai surveiller cela de près.

Vu le style du comité d’accueil, nous avons décidé de faire demi-tour pour nous reposer hors de vue du château. Nous passerons donc la nuit la belle étoile…