Attention, risque de spoiler


Attention, risque de spoiler

Si vous comptez jouer les campagnes l'éveil du seigneur des runes [ESR], la malédiction du trône écarlate [MTE], le retour des ténèbres [RDT], Kingmaker [KMK] ou la couronne de charogne [CCH], je vous déconseille la lecture de ce blog. En effet, il contient principalement des comptes rendus de parties jouées dans le cadre de ces campagnes, et vous vous gâcheriez la surprise en le parcourant.

Dans l'éveil du seigneur des runes, que j'anime, je raconte les aventures d'un jeune groupe d'Eclaireurs mandatés par la cellule de Magnimar pour s'installer dans la petite ville de Pointesable et mettre à jour les secrets liés à cet endroit.

Dans la malédiction du trône écarlate, que j'anime également, je raconte les exploits d'un groupe de citoyens de Korvosa devenus les héros de la ville un peu par hasard suite aux événements qui agitèrent celle-ci après la mort du roi.

Dans le retour des ténèbres, que j'anime aussi, je raconte les péripéties de quelques aventuriers qui se sont rencontrés à Port-Enigme à l'occasion d'un tournoi de jeu de hasard.

Dans Kingmaker, que j'anime tout autant, je raconte les découvertes d'un groupe d'explorateurs envoyés par le Brévoy pour pacifier la Ceinture Verte dans le but d'y fonder une nation stable.

Dans la couronne de charogne, où je suis joueur, je raconte les aventures d'un petit groupe d'amis réunis par le décès d'un proche, le Professeur Lorrimar, sous forme d'un carnet de route tenu par Stephan Markov, mon personnage, jeune prêtre de Pharasma.

Bonne lecture !

17 oct. 2013

Les carnets de route de Stephan Markov – extrait 20 [CCH]

Nous avons quitté Gregorstal ce matin. Sacha n’aurait, je pense, pas pu rester une heure de plus. Je dois reconnaître que je ne suis pas mécontent que nous ayons repris la route rapidement. Il est des choses qui ne doivent pas attendre, et combattre la Voie des Murmures en fait sûrement partie. De toute façon, si je reste trop longtemps ici, Père finira par me marier à une baronne ou l'autre, et ça... Il est encore trop tôt.

***

Après plusieurs journées de trajet sans histoire, nous avons eu une fin de journée agitée, hier. Nous avons été attaqués par un… arbre. Si j’ai tout compris aux explications de mes compagnons, il a projeté une illusion, leur faisant croire qu’il avait besoin d’aide pour détacher les corps de loups-garous pendus à ses branches. Sauf qu’il n’y avait pas de loup-garou, seulement les corps morts de pauvres hères. Mais seul Gregori et moi-même avions résisté à ses artifices, et tandis que nos compagnons s’agitaient en vain, nous étions attaqués par le saule sanguinaire ; saisis par les racines, nous approchions dangereusement de sa gueule. J’ai réussi à me libérer in extremis, mais Gregori a fini enfourné…

Heureusement, l’illusion commençait à se dissiper dans l’esprit de nos compagnons, qui, l’un après l’autre, sont venus à son secours, forçant le monstre à recracher notre maître-chien. Bien que gravement blessé moi-même, je m’avançais pour panser ses blessures, esquivant quelques coups de racines supplémentaires, pendant que nos guerriers se chargeaient de faire du petit bois de notre vorace ennemi.

Ils ont fini par le vaincre, Pharasma soit louée. Dans la terre remuée par le combat, nous avons découvert des dizaines de cadavres, certains en état de décomposition avancée. Nous les avons rassemblés avant de prendre quelque repos. Je ne pouvais pas dormir. J’ai passé la nuit en prières, pour le repos des âmes de ces malheureux. Je pense les avoir tous amenés à Notre Dame des Tombes, qui les guidera vers le repos qu’ils méritent…

Ce matin, nous avons fait un grand bûcher funéraire avec tous les corps et nous leur avons rendu un dernier hommage, avant de partir. Nous sommes à présent à la frontière entre le Barstoi et l’Ardeal, comme en témoignent les terres salées que nous traversons. Folie des hommes qu’est la guerre…


Nous sommes arrivés en vue des ruines de Feldrau hier en soirée. Alors que nous nous venions de dresser le camp, nous avons entendu des pas se diriger vers nous : Duristan Ariesir ! Il nous expliqua en quelques mots qu’il avait suivi la piste d’un groupe de lycanthropes depuis les bois frémissants, et que lui et ses hommes étaient installés au milieu du village, où ils avaient pu observer le curieux manège que se livraient les loups-garous avec un groupe d’individus en robes noires…

Apprenant que Duristan avait laissé ses compagnons en plein centre du village, nous avons changé nos plans : plus question d’attendre le lendemain. Je voulais m’assurer qu’ils allaient bien, connaissant le peu de prévoyance de leur maître. Si j’avais su…

Il s’agissait en fait d’un piège. Duristan et ses hommes étaient en fait des loups-garous, des Jezledans ou Loups-démons. Depuis quand ? Bonne question. Nous n’avons pas eu de réponse ; Nous avons été obligés de les passer tous par le fil de l’épée, au cours d’un combat épique dans l’ancien moulin du village. Nous aurions voulu interroger le chasseur, mais nous n’en avons pas eu l’occasion : à peine le combat au rez-de-chaussée terminé, un deuxième groupe de loups-garous tombaient littéralement du premier étage, menés par le redoutable Antépaladin Adimarus Ionacu.

Nos ressources étaient déjà bien entamées, mais avec l’aide de Pharasma, je suis parvenu à submerger leur chef de remords, le rendant virtuellement inoffensif… Nicolaï et Enya pouvaient le larder de coups à leur guise, en laissant les autres loups-garous à Gregori et Gunther, tandis que je soignais les blessés. Bref, nous nous en sommes une foi de plus bien sortis, grâce à la bienveillance de notre déesse…

Seule ombre au tableau : depuis qu’il a été possédé, il m’a semblé à plusieurs reprises que Gregori manifestait des pouvoirs étranges, dont il n’était pas capable auparavant. Je me demande s’il est vraiment libéré de l’emprise de l’esprit qui s’était emparé de lui, où s’il n’a pas conclu un marché de dupe avec une entité malveillante pour s’en débarrasser…

3 oct. 2013

Révélations [MTE]

Les Shoantis sont bien décidés à fêter leur victoire contre les gargouilles et les mantes rouges, malgré leurs pertes. Un banquet est improvisé, et la fête dure jusqu’au matin. On rend honneur aux combattants tombés en défendant les leurs, on boit, on mange, on chante, on s’adonne à tous les excès. Kylian et Krojun sont au centre de toutes les attentions.

La journée qui suit est plus calme. Il faut remettre le camp en ordre, brûler les cadavres. Les héros de Korvosa se voient proposer un tatouage sacré. Le chaman du soleil et le chef sont de retour en début de soirée, accompagnés de leur escorte. Le chaman du soleil les invite à partager le rituel de la bénédiction des ancêtres, tandis qu’il leur révèlera ce qu’il sait de la couronne que porte Iléosa.

C’est ainsi qu’ils apprennent que cette couronne est en fait un des sept morceaux du cadavre de Kazavon, un grand dragon bleu qui fit régner la terreur sur une grande partie de l’Avistan il y a des siècles de cela. Kazavon fut vaincu par un groupe d’aventuriers dirigés par un guerrier du nom de Mandraivus. Mais même après avoir été tué et brûlé, il restait sept fragments du corps du dragon qui semblaient indestructibles. Pire, ils étaient animés d’une volonté propre et œuvraient à se rassembler pour ramener Kazavon à la vie.

Mandraivus ordonna à chacun de ses compagnons d’emporter un des morceaux et de les cacher le mieux possible, Tandis qu’il garderait la citadelle de Balafre, siège du pouvoir de Kazavon, un lieu marqué de sa puissance. Les crocs de Kazavon, un des sept morceaux, furent confiés à un ancêtre des shoantis, un puissant shaman, qui fit ériger un tumulus à l’emplacement de la future Korvosa pour enfermer la relique maudite. Pendant des années, ses descendants veillèrent à ce que personne n’en approche. Puis les colons chélaxiens débarquèrent, il y a trois siècles. Après avoir vaincu les shoantis et les avoir forcé à se retirer sur le plateau de Storval, ils bâtirent un château sur l’étrange colline qui se dressait au bord des côtes…

Les défenses magiques se sont effacées petit à petit, permettant aux crocs de Kazavon de s’infiltrer dans l’esprit des certains Korvosiens. Jusqu’à ce qu’un jour la reine Iléosa trouve son chemin jusqu’à elle, et ne mélange son âme à celle du dragon bleu.

Ayant terminé son histoire, le chaman du soleil leur demande de choisir un esprit à appeler pour les guider ; leur choix se porte sur Zellara. Après deux heures de rituel, la silhouette de la varisienne apparaît dans les flammes du feu qu’ils entourent. Après leur avoir tiré le tourment, elle entonne une étrange chanson d’une voix mélancolique :

Destin d’acier… Sérithtial
Pendant des années sa cage entretenue
Par quatre esclaves à Balafre fût perdue
Elle est enchaînée par des morts‑vivants.
D’abord un esprit, assoiffé de sang
Toujours à son poste ;
Un autre ennemi attend, âme infernale
Dans la haute tour froide.
Dans la crasse du chenil le troisième attend
Avide de déchaîner son souffle mortel.
Et sur une pierre, entre os et cendre,
Le dernier rêve de mourir.
Les esprits usés et déchirés par la guerre,
Prisonniers de la damnation,
Les liens de l’enchaîné faiblissent enfin
Et annoncent la libération.
Mais l’espoir demeure parmi les chaînes
Quand la cage de pierre de l’épée s’effondre
Amis de la terreur et mort des morts,
Les clefs de la soumission à Kazavon.


Une fois son chant terminé, Zellara disparaît dans les flammes, rejoignant le monde des esprits. L’arme qui permettra de vaincre la reine, Sérithtial, se trouve donc enfermée à Balafre, protégée par des morts-vivants.

Dès le lendemain, le groupe se met en route, traversant les ombres jusqu’aux plaines de Belkzen, où la citadelle de Balafre se situe. Il leur faut une dizaine d’heures pour parcourir les 500 kilomètres, et lorsqu’ils sortent des ombres, ils commencent pas essayer de se repérer. Ils doivent être au Sud de Balafre, mais ils ignorent à quelle distance. Un groupe d’orques mal en point les renseigne en échange de quelques soins. Ils ne sont pas loin, mais une autre tribu d’orques, les Veilleurs Morts, barre l’accès à la citadelle à quiconque.

Ils se dirigent donc vers les montagnes, à la recherche du chemin montant vers Balafre qui leur a été indiqué. Ils finissent par le trouver. De vieilles connaissances les attendent là-bas : Sial et Laori, les deux adeptes de Zon-Kuthon. Une fois de plus, ils proposent leur aide. Balafre a été construite pour le plus grande gloire de leur dieu, et si elle a en partie échappé à son contrôle, il reste dans la citadelle des gardiens qui courberont l’échine face à un prêtre de sa Majesté de Minuit. De leur côté, ils ne pourront utiliser Sérithtial, l’arme que Mandraivus portait quand il a vaincu Kazavon, mais veulent s’assurer qu’une personne compétente mettra la main dessus pour vaincre la Reine. Après, ils souhaitent juste récupérer sa couronne pour qu’elle rentre dans le giron de leur Eglise.


Néanmoins, Laori et Sial ne semblent pas vraiment travailler ensemble. Au terme d’un long conciliabule, les héros de Korvosa acceptent de collaborer avec les Kuthonites mais posent certaines conditions. Sial les trouve inadmissibles et quitte le groupe, accompagné de ses deux diablesses. Laori reste, et accepte de se plier aux exigences de Brecht, dont celle de pouvoir lire dans ses pensées. Une fois cette formalité passée, elle est officiellement intégrée au groupe, qui se prépare à monter à l’assaut de Balafre…

2 oct. 2013

Les carnets de route de Stephan Markov – extrait 19 [CCH]

Nous étions au sommet de l’escalier de la lune, à nous demander ce que nous allions faire de Gregori, quand un étranger est arrivé derrière nous. Un humain, arbalète à la main, grand, maigre et barbu. Son nom : Gunther Gunthar. Il avait été envoyé par la juge Daramid pour nous donner un coup de main dans notre poursuite des agents de la Voie des Murmures. Enya ne semble pas l'apprécier, ou en tous cas s'en méfier ; je ne comprend pas pourquoi.

Ca ne réglait pas le problème de Gregori… Il ne restait que quelques minutes avant que l’esprit qui le possédait ne reprenne le dessus. C’est lui qui a pris l’initiative : il s’est emparé du pendentif que portait Mathus, l’a ouvert et a dispersé les cendres qu’il contenait en récitant une prière dans une langue que je ne connais pas. De l’infernal selon Gunther. Quelques instants plus tard, Gregori reprenait forme humaine. Nous décidions de ne pas nous attarder sur place et de mettre un maximum de kilomètres entre nous et les clans avant la nuit…

***

La carte que nous avions récupérée sur le corps de l’agent de la Voie mort indiquant un lieu situé dans le comté de Varno, nous nous apprêtons à traverser le pays d’ouest en est… Hier soir, nous avons rencontré une troupe de varisiens, qui n’étaient autres que les loups du prince, un des clans lycanthropes de la forêt frémissante. Nous avons partagé leur repas et discuté de problèmes plus sérieux. De qui allait devenir le chef de meute. Rhakis Szadro, le chef des loups du prince, aurait aimé récupérer le titre, mais nous ne souhaitions pas qu’il tue Gregori pour cela. Nous sommes parvenus à un arrangement. Gregori a juré allégeance au clan, et nous avons promis de ramener la seconde moitié du cœur à Rhakis une fois que nous l’aurions récupéré des mains des agents de la Voie des Murmures. Je pense que l’accord que Gregori a passé avec le chef de clan va au delà de ça, mais je n’en sais pas plus.


Nous sommes passés à Gregorstal. C’était sur notre route, et ça faisait une bonne occasion pour voir père et nos amis au village. C’est toujours le Père Fédor qui s’occupe de la chapelle. Il se fait vieux, mais c’est toujours un homme délicieux. Seul Gunther m’a accompagné à l’église. Les autres sont allés chez les parents de Gregori pour les saluer. Sauf Enya, qui est partit directement au manoir ; il était sans doute pressé de saluer sa sœur.

Gunther n’a pas voulu nous accompagner à la maison, de peur de déranger ; il a logé à la pension de la mère Freyer. Nous avons retrouvé Enya les pieds sur la table ; père avait fait préparer un véritable festin pour nous accueillir. Nous avons parlé beaucoup. Un peu de nos aventures, beaucoup de ses projets de mariage à notre égard. Il voudrait être grand père avant de mourir ; de mon côté j’ai encore des choses à réaliser avant de penser à prendre femme.

***

La nuit passée a été agitée. Sacha avait accepté de dormir à la maison, malgré ses réticences. Comme elle le craignait, elle a été prise d’un terrible cauchemar ; le pense que l’alcool servi avec le repas n’a pas aidé… Elle s’est mise à hurler au milieu de la nuit ; nous sommes sortis de nos chambres au pas de course pour la trouver occupée à lancer tout ce qui lui passait sous la main vers la porte d’entrée de la maison. Bien entendu, il n’y avait personne. Nous l’avons calmée. Elle venait de revivre la scène de l’enlèvement de notre sœur.

J’ai accepté de partager ses souvenirs au moyen d’un sort, pour me faire une idée de la scène. J’ai effectivement vu l’homme bien habillé qu’elle décrivait, trainant Talia hors de la maison vers son carrosse, qui attendait dans la cour. J’ai distinctement vu le blason sur le flanc de ce dernier. Je ne sais pas à quelle famille il appartient, mais je ferai des recherches dès que nous aurons accès à une bibliothèque digne de ce nom…

Nous sommes repartis en milieu de matinée, pour le comté de Varno.

30 sept. 2013

Sauleblanc [ESR]

Ayant « sauvé » le barrage de la croisée des crânes, les éclaireurs rentrent à Fort-Rannick, où ils entreprennent d’accélérer la reconstruction du fort, en attendant de pouvoir redescendre au village quand le niveau de l’eau aura remonté. Après quatre journées bien remplies en travaux divers, Raven, qui accompagnait un groupe de bûcherons en forêt, est interpellé par un de ceux-ci.

Les bucherons ont trouvé un pixie en larmes, qui semble chercher le fort. Il est réellement inconsolable et en tirer d’avantage d’informations s’avère difficile. Raven le ramène à ses compagnons. Ensemble, ils finiront par comprendre ce qui a amené la færie jusqu’à eux…

Yap vient de Sauleblanc, une forêt marécageuse, au sud du lac Fondargile, qui est réputée pour ses liens avec le premier monde. Une princesse dryade y tient sa cour : Myriana. Or, elle était la maîtresse de Lamatar, le commandant des flèches noires, et ce dernier lui envoya un message d’avertissement lorsque le fort fut attaqué par les ogres. Refusant de laisser l’homme qu’elle aime affronter le danger seul, elle a essayé de lui venir en aide, mais a été tuée en chemin…

Elle est depuis retournée à Sauleblanc sous forme d’une espèce de mort-vivant ; sa tristesse et sa haine pervertissent peu à peu le petit peuple qui habite les lieux. Yap a résisté à la malédiction jusqu’ici, mais il a besoin d’aide pour arranger les choses. Il espérait trouver Lamatar, mais à défaut, les héros qui ont sauvé le fort feront l’affaire.

Les éclaireurs n’hésitent pas longtemps avant de se décider. Yap les guidera jusqu’à Myriana dès le lendemain.

Dès leur arrivée dans les marais de Sauleblanc, ils constatent que les choses vont effectivement très mal. Tout est trop calme, comme si la vie avait fuit cet endroit autrefois grouillant d’insectes et de petits animaux. Tandis qu’ils s’enfoncent le long des étroits canaux qui serpentent entre les arbres, ils ont constamment l’impression d’être observés par des silhouettes blanches et diaphanes, toujours à la périphérie de leur vision. Mais quant ils se retournent, il n’y a rien, rien que les silhouettes décharnées des arbres nus dont les branches s’agitent sous l’effet du vent glacé.

Tandis qu’ils traversent une mare ombragée, Tyam ne peut s’empêcher de regarder son reflet dans l’eau sombre et calme. S’il est toujours aussi beau et souriant, le reflet de ses compagnons lui est bien plus macabres : des squelettes décharnés qui se penchent sur lui, animés d’évidentes mauvaises intentions… Il bondit hors de la barque, manquant de la faire chavirer. Il se retourne, lévitant à quelques mètres de celle-ci, pour constater que ses compagnons ont finalement l’air tout à fait normaux. Seul leur reflet demeure inquiétant. Il remontera dans la barque une fois qu’ils auront quitté la mare, quelques minutes plus tard.

Ils croiseront encore la morne sarabande d’un cortège d’esprits féériques, silhouettes fantomatiques dansant sans joie le long du chemin qu’ils traversent, puis l’épave échouée d’une caravelle de laquelle résonne un étrange air joué à l’orgue. Le navire semble bien réel, mais comment expliquer sa présence si loin des côtes ? On verra cela plus tard. Pour l’instant, ce qui compte, c’est de trouver Myriana…


Le fantôme de la dryade les attend au milieu de Sauleblanc, flottant au dessus des eaux marécageuses ; Yap n’ose s’avancer, de peur de subir le même sort que ses congénères… De toute façon, Myriana a repéré les éclaireurs et semble bien plus intéressée par eux que par le pauvre pixie. Elle leur demande pourquoi ils n’ont pas ramené Lamatar. Elle semble très nerveuse, prête à libérer sa colère si on lui en donne la moindre occasion. Alexio lui explique calmement qu’ils ne savent pas ce que Lamatar est devenu ; elle répond qu’il a été emmené à la Montagne Crochue, dans le domaine des Kreegs, où il a été mis à mort ; Elle veut pouvoir le ramener à la vie, et pour cela, il lui faut son corps.

Après avoir promis de lui ramener le corps de son amant, les éclaireurs quittent Myriana et Sauleblanc. Yap les guide toujours, bien qu’il ne semble pas ravi de monter vers la tanière des ogres… Ils mettront deux jours à suivre les chemins de montagnes avant d’arriver en vue de la grotte des Kreegs. Le premier gardien de la montagne crochue, une harpie armée d’un arc, les surprendra à quelques centaines de mètres seulement de leur objectif. Après avoir presque réussi à les attirer dans le vide, elle les arrosera de flèches jusqu’à ce que Raven et Marcus invoquent des créatures volantes qui la pousseront à battre en retraite. Malheureusement, il y a maintenant peu de chances de pouvoir entrer dans la forteresse des ogres par la ruse…

26 sept. 2013

Journal de Gregori Korsatol – Prière à Kuz [CCH]

O Kuz, Maître de l’aube rouge ! Que l’écho de ton aboiement se répète  à l’infini dès le matin naissant. Qu’il soit l’avertissement à tous les thanatopractes que le Chien se réveille et qu’il part en chasse.

L’aube vermeille se lève sur la forêt. Nous nous dirigeons vers le Grand Escalier de la Lune, ce monument jadis consacré à Desna. Nous sommes sur les traces de la Voie des Murmures. En dérobant le cœur de l’actuel chef des Tribus, Kvalca Sain du clan des Vollensag, ces suppôts de la liche ont créés le chaos et amenés la guerre parmi les clans de loup-garou de Shudderwood. Mathus de la tribu Mordrinacht, par l’action de la Voie, est devenu le nouveau Seigneur des Lycan, mais sans le cœur de son prédécesseur, il n’a pas toute la légitimité voulue.

Tout cela est sans doute une nouvelle étape dans le grand complot que la Voie du Murmure est en train de fomenter. Mais, que tous ses adeptes tremblent, je n’aurai de cesse traquer cette organisation. Il est heureux que, sur ce point, les Markov (et en particulier Stephen) soient du même avis. Sa famille continue de suivre consciencieusement la voie que mes aïeux lui ont tracée, même si les Markov ne s’en rendent pas toujours compte, et c’est une bonne chose.

O Kuz, Traqueur Insatiable. Puisses-tu guider mes pas comme je guide ceux des membres de cette famille.

Nous accusons un certain retard, le chemin était plus long que prévu et, hier, l’obscurité soudaine nous a contraints à trouver un abri de pour la nuit. Nous ne sommes pas seuls dans cette expédition. Pas loin de notre campement de fortune, un autre groupe moins discret s’est fait entendre. Il est possible que Duristan Ariesir, ce fou, chasseur de loup-garou, rôde dans le coin, mais, quoiqu’il en soit, nous avons décidé de ne pas nous montrer.

O Kuz, Prince des canins. Donne-moi la connaissance, permet moi de distinguer le vrai du faux parmi les Lycan. Permet-moi d’infléchir le destin sans but de cette race hybride.

Enfin, nous arrivons à notre destination. Cet imposant édifice, autour duquel s’enroule un escalier extérieur, est gardé par de nombreux hommes-loups. Dans la clairière tout autour, des packs circulent. Peut-être parmi ceux-ci pourrons-nous trouver des alliés afin de contrer la Voie du Murmure et Mathus l’usurpateur, mais nous ne savons pas à qui nous fier. Peut-être pourrons-nous nous tourner vers les Loups du Prince. Cette tribu issue de Scarzni fut jadis créée par Andreadus Virhold pour, justement, combattre la Voie du Murmure. Mais, qui a déjà pu faire confiance aux Scarznis sans le regretter ensuite.

Un groupe s’approche de nous, ce sont des membres de la tribu Vollenstag (de grands gros nordiques à l’air primal). L’avenant Nicolai prend la parole et explique la raison de notre venue. Contre toute attente ceux-ci nous laissent passer. A défaut d’être avec nous, au moins, ils ne sont pas contre.

Nous approchons de l’escalier, et nous  essayons également la voie diplomatique avec les lupins postés plus haut sur les marches. Mais ceux-ci ne l’entendent pas de la sorte et nous sommes accueillis par une volée de carreaux d’arbalète. Nous nous réfugions in extremis dans une grande salle désaffectée à la base du temple.

O Kuz. Cerbère de la porte. Que les âmes défuntes restent au pays des morts. Que les cadavres restent à la terre. Telles sont les règles qui doivent être respectées. Par cette prière, je te fais la promesse qu’elles seront d’application partout où je suis.

Mais le répit est de courte durée. Nous sommes assaillis par un puissant fantôme de lycanthrope. Il me parait clair que c’est l’âme de Sain, le dernier seigneur Lycan. Torturée et laissée là par des adeptes de la Voie du Murmure après lui avoir arraché le cœur. Un esprit torturé de la sorte n’aspire qu’à la vengeance et se retourne contre quiconque passe à sa portée.

Il décide de s’en prendre à Sacha, mais  elle à l’esprit fort, comme sa sœur - ah Sacha, tu ne sais pas à quel point tu lui ressembles – et elle expulse cette entité tout de go. Imperturbable, le fantôme se retourne vers moi. Il pénètre au plus profond des entrailles de ma conscience. Je sens hurler en moi la rage et le sang, la lune et la meute. Il infuse son essence canine dans toutes les fibres de mon corps. Le sang afflue dans mes veines, mon cœur va exploser. Je grandis. Ma bouche devient la  prolongation de ses crocs, mes mains de ses griffes, mon âme de son esprit de vengeance. Je ne me suis jamais senti aussi près de l’esprit canin. Comment résister !

Puis d’un coup, tout redevient clair. Je ne suis plus possédé par la colère de cet esprit perdu. Elle reste confinée dernière une fine barrière de protection. Plutôt que de subir l’assaut de l’ancien chef des Tribu, je peux enfin faire un avec lui et canaliser ses pulsions. Kuz a exaucé mes prières, je tiens enfin le moyen de gagner la confiance les Lycans.

Je me tourne vers Sacha, l’artisane de mon émancipation – encore toi Sacha -. Je souris, moment rare. Les autres me regardent, terrifiés. J’entends à peine leurs paroles, tout bourdonne encore autour de moi. Je comprends qu’il ne reste que peu de temps avant que je ne perde à nouveau le contrôle.

« Allons-y, nous avons juste le temps de défaire Mathus ». D’abord surpris, ils suivent ensuite mes pas, conscients que c’est la meilleure chose à faire.

O Kuz, Broyeur d’os. Que je sois l’instrument de ton courroux.

Tout se passe très rapidement, comme emporté dans un tourbillon, tout n’est que sensation et fureur. Mon instinct me guide d’abord vers Estovian Lazarov, enfermé là par ses anciens alliés. La mise à mort de ce pleutre ne vaut même pas la peine d’être décrite. Ses os disloqués pourrissent désormais au fond d’une oubliette.

J’entame ensuite mon ascension vers le sommet par l’escalier extérieur. Les quelques loups garous postés là essayent de me barrer le chemin, mais ils ne tiennent pas longtemps. Je sens à peine les coups qu’ils me portent. Peut-être mes compagnons y sont pour quelque chose. Et je continue mon inexorable ascension, mes compagnons toujours sur mes pas.

J’arrive alors au sommet de la tour, une cour à ciel ouvert. Mathus est bien là, mais il n’est pas seul. A son côté se tient une autre lycanthrope : Cybrisa, la matriarche du clan Dorzhanev. C’est ce moment que choisi l’esprit qui est en moi pour se manifester de nouveau. Nous rugissons à l’unissions, ma voix s’entremêlant avec celle de mon hôte : « Tu as volé mon cœur Mathus. Mais je reviens pour reprendre ce qui est mien »

A ces mots, je me jette sur un Mathus tétanisé. Sa compagne, livide en profite pour se transformer en corbeau et s’envoler au loin. Le combat est féroce, pourtant, en ce moment, je suis en paix. Plus rien n’oppose mon esprit à celui de Sain. Je ne sais d’ailleurs pas si c’est lui ou moi qui lui porte le coup fatal.

Tout est maintenant limpide, mes gestes sont simples, comme milles fois répétés. Il n’est pas question de suivre un « rituel immuable » ou de faire ce qui « doit être fait » encore moins d’accomplir une destinée particulière. Je suis acteur de ce qui est, je fais Un avec l’instant présent.

La main tendue, je plonge à l’intérieur de la poitrine du déchu, j’en retire le cœur encore palpitant, je le brandis vers le ciel, le porte à mes crocs, le sang coule à travers mon être. Je porte à bout la carcasse encore fumante de celui n’est plus et je la jette dans le vide au pied de la tour en hurlant. Partout dans la forêt, d’autres hurlements me répondent.

Je suis le loup qui aboie, je suis le chien qui hurle. Je suis Je suis celui qui est, et tous me reconnaissent. A l’heure ou le soleil se couche, à l’heure du crépuscule. Entre chien et loup.

O Kuzularin Yiyici, Mangeur d’agneau. Accepte mon offrande, cet être s’est allié à l’innommable. En faisant cela il s’est abaissé au niveau des proies alors qu’il devait être le chasseur. Qu’il en subisse donc la destinée. Permet maintenant à Kvalca Sain de passer la porte mon offrande est aussi la sienne et il n’a plus rien à faire dans le monde des vivants.